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LA COMMUNE D'ABBARETZ |
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COMMUNE D'ABBARETZ.
GÉNÉRAL PAROISSIAL D´ABBARETZ. — CAHIER DES DOLÉANCES DES HABITANTS EN 1789. — MUNICIPALITÉ. — MAIRES. — ÉCOLES. — INDUSTRIE MÉTALLURGIQUE. — DÉFRICHEMENT DES LANDES. — DÉTAILS GÉOGRAPHIQUES. — POPULATION. —CHATAIGNER DES NONNERIES. — GÉOLOGIE.
Sous le rapport judiciaire, la paroisse d'Abbaretz était au siècle dernier de la sénéchaussée de Nantes et de la menée de Vioreau ; au point de vue administratif, elle dépendait de la subdélégation de Derval [Note : Chevas. Notes Ms. (Bibliothèque de Nantes)].

A Abbaretz même, les affaires civiles concernant la paroisse étaient réglées par un Conseil de délibérants, appelé le Général et chargé de veiller à tous les intérêts communs des habitants. Le Général réunissait les attributions de nos Conseils de fabrique et de nos Conseils municipaux.
Chaque Général se composait de douze membres délibérants, choisis parmi les marguilliers anciens ayant rendu leurs comptes. On leur adjoignait de droit le recteur de la paroisse, représentant de l'autorité spirituelle, et le seigneur du lieu, représentant de l'autorité temporelle, ainsi que le sénéchal, chargé de la justice et présidant toujours l'assemblée ; enfin, les délibérants nommaient deux marguilliers ou trésoriers pour exécuter les ordres du Conseil. Quand le seigneur se trouvait absent, son procureur-fiscal le remplaçait ; de cette façon, dix-sept membres composaient un Général de paroisse.
Cette assemblée se réunit, le 5 avril 1789, dans la sacristie de l'église paroissiale d'Abbaretz, pour arrêter et rédiger « le cahier de doléances, plaintes et remontrances de la commune et paroisse d'Abbaretz, suivant les ordres de Sa Majesté ». Ce cahier, fort intéressant et bien rédigé, dut être l'œuvre du président du Général, Me Julien-Joseph Boutard de la Barre, juge alloué de la châtellenie de Nozay, au lieu et place du sénéchal de cette seigneurie. Le seigneur était lui-même représenté par Me Jacques Bivaud, procureur fiscal d'Abbaretz. Les autres membres de l'assemblée se nommaient : nobles gens Jean Baptiste Pollier de la Bouveraye et Nicolas Deneux ; puis, les sieurs Valentin Le Breton, Jacques Moison, F. Robert, B. Urvoy, Mathieu Mustière, Julien Etienne, René Nidelette, Pierre Etienne, T. Lefeuvre, Jean Beauchesne, Jean Le Breton, Julien Mustière et Jean Rabouin. On ne voit, point le recteur, M. Chévriau, figurer dans cette assemblée ; il s'agissait, en effet, de réformes dont quelques-unes ne pouvaient plaire au clergé.
Voici, du reste, le résumé du « Cahier des Doléances » des habitants d'Abbaretz [Note : Le texte complet est aux Archives de la Loire-Inférieure, C, 565].
On commence par y demander l'abolition des francs-fiefs, « droit odieux et humiliant pour chaque individu roturier qui possède des terres nobles », puis la suppression des corvées et des droits de lods et ventes. Le Général réclame ensuite : « que les fouages ordinaires et extraordinaires, la capitation et autres impositions quelconques, créés pour le bien de l’Etat, soient supportés par les trois Ordres, à proportion des richesses de chaque contribuable » ; — « qu’à chaque tenue des Etats provinciaux, il y soit voté par tête et non par Ordre » ; — « que les pensions accordées à la noblesse et l'entretien des maisons d'éducation établies pour elle ne soient plus au compte du Tiers-Etat » ; — « que les tables, gratifications et autres dépenses prodiguées à chaque tenue d'Etats, soient pareillement supprimées comme inutiles, et que le produit de cette épargne soit employé au soulagement du peuple ».
Les gens d'Abbaretz ont leur opinion relativement à l'armée : « Que le tirage au sort pour les milices de terre, de mer et de côte soit aboli, parce qu'il sera fait un fond pour l'achat des miliciens, et en cas que Sa Majesté ne se porte pas à accorder cette demande, elle est suppliée d'étendre les exemptions accordées aux enfants des laboureurs et d'assujetir au tirage tous les valets et domestiques sans exception ni distinction d'Ordre » ; — et « que, par un nouveau règlement pour le transport des bagages des troupes en Bretagne, chaque voiture attelée de quatre bœufs ou chevaux ne soit chargée que de quinze cents pesant et la conduite réglée à quatre lieues seulement ».
Voici maintenant une des plus importantes réclamations du Tiers-Etat : « Que dans tous les Tribunaux, Parlements, Cours supérieures et souveraines, Commissions intermédiaires et autres quelconques de la province, les membres capables du Tiers-Etat, soient admis en nombre au moins égal à celui des deux autres Ordres réunis... et qu'ils aient entrée dans les susdits Tribunaux et autres charges royales, ecclésiastiques, civiles et militaires ».
A Abbaretz, où les landes et communs étaient considérables, la question des afféagements se trouvait à l'ordre du jour ; aussi, le Général demande-t-il « Que de toutes les rentes féodales créées par afféagements faits jusqu'à ce jour, il soit supprimé les deux tiers au profit des afféagistes, et que défense soit faite aux seigneurs de faire, à l'avenir, aucun afféagement, le reste des communs et terrains vagues étant, à peine suffisant pour la subsistance des bestiaux nécessaires à l'agriculture ».
Suivent les vœux formulés au sujet de l'entretien des chemins et de la nourriture des bâtards : « Les seigneurs du Parlement, tous seigneurs de fiefs eux-mêmes, ont chargé les habitants des réparations et entretien des chemins de traverse dans chaque paroisse, sans leur abandonner les amendes, confiscations, épaves, même les deshérences dont le produit doit être employé auxdits entretien et réparations. Ils ont pareillement chargé les Généraux des paroisses de veiller à la sûreté des bâtards et enfants trouvés et à leur nourriture et entretien, sans leur abandonner les successions des mêmes bâtards ; Sa Majesté est suppliée d'ordonner que les produits desdits droits d'amendes, confiscations, épaves, deshérences et successions de bâtards soient appliqués à la fabrice de chaque paroisse où ils se trouveront dus, pour être employés chacun à sa destination, selon le vœu de son institution ou que lesdits entretiens de chemin et pourvoyance de bâtards soient à la charge desdits seigneurs de fiefs ».
Nous arrivons aux fameux droits féodaux.
Nous avons vu précédemment que l'abbé de Melleray et le seigneur de la Rivière avaient droit de faire courir quintaine dans leurs fiefs d'Abbaretz. Voici ce que pensent de ces droits les paroissiens d'Abbaretz, suppliant Sa Majesté « de supprimer une infinité de droits bursaux et ridicules de fiefs, qui tiennent encore de l'ancienne barbarie et ignorance, tels que ceux qui exigent de chaque mariée de l'année d'embrasser son seigneur ou, en son absence, son procureur fiscal et de dire ensuite une chanson ; — de courir la quintaine, c'est-à-dire d'obliger tous les nouveaux mariés de courir un certain jour de l’année, montés sur un cheval, tenant une baguette à la main, et de la rompre en courant contre un poteau planté à cet effet, sur lequel sont empreintes les armes de la seigneurie ; — de jeter ce qu'on appelle la soule ou le battoir, c'est-à-dire une boule de cuir remplie de son, sur laquelle roulant, tous les garçons rassemblés, se jetent en foule et par pelotons, et le plus adroit ou le plus fort la ravit aux autres ; dans laquelle foule il arrive souvent que quelques-uns d'entre eux se trouvent étouffés ; — enfin, de supprimer tous autres droits seigneuriaux de pareille nature, car, outre les dangers qu'offre l'exercice de pareils droits, le garçon vassal refusant ou défaillant est obligé de payer une certaine somme, en forme d'amende, au profit de la seigneurie ».
Demande est faite ensuite de la suppression des garennes et fuies seigneuriales : « Messieurs les seigneurs et même des curés de campagne se permettent des garennes et refuges à lapins non clos et des fuies ou colombiers extraordinairement garnis de pigeons ; ces lapins et pigeons font des dommages inapréciables aux grains de toute espèce, qu'ils ravagent dans toutes les saisons de l'année, les premiers de ces animaux les mangeant en herbe et les coupant en paille, et les seconds dévorant la semence et la récolte ».
Enfin, le Général d'Abbaretz termine sa supplique par solliciter du roi la confiscation et la vente des biens ecclésiastiques, « la rentrée de tous les bénéfices dans le commerce de la société », et la fixation d'un traitement d'environ 12,000 # pour chaque évêque du royaume.
On voit par ce qui précède comment, en 1789, au fond des campagnes les plus retirées, — comme était la paroisse d'Abbaretz, — on se préoccupait des intérêts généraux de la France, et l'on découvre dans ces « cahiers de doléances » quel était alors l'esprit des populations. La supplique des habitants d'Abbaretz est une des mieux faites que nous connaissions : elle renferme beaucoup de vœux légitimes et, sauf le dernier article, qui préconise le vol, — car l’Etat ne peut pas, sans offenser la justice, s'emparer des biens de l’Eglise, — elle est relativement modérée. « A coup sûr, bien des réformes réclamées alors par nos pères étaient justifiées et nécessaires. Pourquoi faut-il qu'elles aient provoqué une révolution dont nous subissons encore aujourd'hui les suites funestes » [Note : B. Pocquet, Les origines de la Révolution en Bretagne, II, 89].
Cette Révolution changea tout en France, aussi bien au civil qu'au religieux. La commune remplaça la paroisse et Abbaretz fut désormais régi par une municipalité au lieu de l'être par un général.
La loi du 14 décembre 1789 désigna, en effet, sous le nom de municipalité, le corps des préposés à l'administration d'une commune. Cette municipalité se divisa en conseil et en bureau. Le bureau, qui avait le pouvoir exécutif, se composa d'un tiers des officiers municipaux et fut présidé par le maire ; les deux autres formèrent le conseil. Il y eut, dans chaque municipalité, un procureur chargé de défendre les intérêts de la commune et un secrétaire pour rédiger les actes de délibérations.
Nous trouvons à Abbaretz une municipalité constituée complètement de la sorte en 1793 : Jean Beauchesne, maire ; — Pierre Etienne et Julien Mustière, officiers municipaux, constituant le bureau avec le maire ; — Jacques Moyon, F. Rabine, Boutard, Richard, avocat ; Pierre Pecot et Julien Tourillon, formant le conseil ; — Jean Pollier fils, procureur de la commune, et Julien Lefeuvre, secrétaire [Note : Archives de la Loire-Inférieure, L, 8].
La constitution directoriale ou constitution de l'an III (1795) concentra les municipalités dans les cantons : plusieurs communes se réunirent pour former une municipalité. Par suite, la municipalité d'Abbaretz dut alors disparaître ou plutôt se fondre, avec celles de Louisfet et d'Issé, dans ce qu'on appela la municipalité cantonale d'Issé, composée des représentants des trois communes.
En 1800, furent supprimées ces municipalités cantonales et il y eut de nouveau dans chaque commune une municipalité propre, avec un maire, un adjoint et un conseil municipal. Abbaretz fut doté d'une administration civile, constituée de la sorte, et celle-ci fonctionne depuis plusieurs siècles dans les mêmes conditions.
Voici la liste chronologique des maires d'Abbaretz
[Note : Archives de la Loire-Inférieure , L ,
8. — Archives municipales d'Abbaretz] :
Julien Etienne (1792) ;
Michel
Marion (1792) ;
Pierre Etienne (1793) ;
Jean Beauchesne (1793) ;
Julien
Lefeuvre (1794) ;
Pierre Pecot (1794-1795) ;
Julien Lefeuvre (1795-1797) ;
Denis Lucas, agent municipal (1798) ;
René Joyau, agent municipal (1798-1800),
maire (1800-1815) ;
Joseph Pauvert (1815) ;
Jean-François-Georges Richard de
la Rouilière (1815-1830) ;
René Suraud (1830-1848) ;
Mathurin Marchand (1848)
;
Jean-François-Georges Richard de la Roullière (1848-1863) ;
Ferdinand
Guillotin de Corson (1863-1867) ;
François Marchand (1867-1870)
;
Jean-Louis Amisse (1871) ;
Julien Beauchesne (1871-1891) ;
Pierre Herbert
(1891- ...).
Nous trouvons peu d'actes intéressants dans ce qui se passa à Abbaretz durant la Révolution. Nous avons raconté ce qu'y fut la persécution du clergé catholique et la conduite qu'y tint le clergé constitutionnel. Ajoutons que, le 27 mai 1793, un commissaire, envoyé par le directoire de Châteaubriant, vint désarmer les habitants d'Abbaretz, ce qui ne dut pas être chose bien difficile.
L'année suivante, le 16 février, une troupe, composée d'une trentaine de cavaliers armés, traversa la commune d'Abbaretz, essayant, mais en vain, de soulever la population contre la République [Note : Verger, Notes Ms. (Bibliothèque de Nantes)].
Quand la paix fut rendue à la France, Abbaretz se trouva une commune faisant partie du canton de Nozay et de l'arrondissement de Châteaubriant. En 1821, Mme Prudence Lafond, religieuse hospitalière du couvent de Châteaugontier, dont le frère possédait la Beautraye, fit don à la fabrique d'Abbaretz d'une maison et d'un jardin sis dans le bourg, pour loger une maîtresse d'école ; elle y ajouta un capital donnant 400 fr. de revenu, pour l'instruction gratuite des enfants pauvres. Cette fondation fut approuvée par ordonnance royale du 7 août 1822 [Note : Registre paroissial d'Abbaretz].
La nouvelle école fut confiée aux religieuses de Saint-Gildas-des-Bois, qui continuent d'y faire beaucoup de bien, en instruisant les petites filles.
Plus tard, la commune d'Abbaretz établit, en 1838, également au bourg, une école de garçons, confiée à un instituteur laïque.
Enfin une école mixte a été créée en 1884, à l'extrémité de la commune d'Abbaretz, du côté de Meilleraye, au village du Houx [Note : Orieux, Histoire et géographie de la Loire-Inférieure, II, 364].
Depuis longtemps les forges de Moisdon, la Prévôtière et la Hunaudière étaient en possession de traiter le minerai de fer qui abonde dans l'arrondissement de Châteaubriant. Lorsqu'au commencement de ce XIXème siècle, le comte de Geoffroy devint propriétaire de la Jahotière en Abbaretz, où se trouvaient d'anciennes forges abandonnées, il résolut de les relever et créa son établissement sur une vaste échelle.
Une ordonnance royale du 2 juillet 1828 autorisa cette entreprise et les forges de la Jahotière fournirent jusqu'à 150 milliers de fer par semaine, occupant plusieurs centaines d'ouvriers du pays [Note : Chevas, Notes Ms. (Bibliothèque de Nantes)]. Malheureusement, comme la plupart des établissements métallurgiques de nos contrées, la Jahotière a vu ses fourneaux s'éteindre de nouveau.
Ogée écrivait en 1778 : « Le territoire d'Abbaretz est un pays plat, si vous en exceptez quelques monticules ; sa position est fort avantageuse, l'endroit est agréable et l'air y est fort pur. On y voit des terres labourées, des prairies et beaucoup de landes, dont le sol est excellent et mérite les soins des cultivateurs, qui, jusqu'ici, n'ont fait aucun effort pour en tirer parti. Nous les exhortons à sortir de cette indolence, qui les laisse languir dans la misère, dans un lieu où ils pourraient vivre heureux. Ce qui prouve que le sol de la paroisse d'Abbaretz est bon, c'est que les bois y croissent très promptement » [Note : Dictionnaire hist. et géogr. de Bretagne (nouvelle édition), I, 35].
Partageant ces idées et voulant favoriser l'agriculture dans ses fiefs, le prince de Condé, baron de Châteaubriant et seigneur de Nozay, Issé, Abbaretz, etc., afféaga, en 1783, à M. du Matz, seigneur de Villeneuve, 250 journaux de terre, près de son manoir et en Abbaretz, à charge d'un boisseau d'avoine grosse, mesure de Nozay (47 litres), de rente féodale par journal, et du devoir de rachat, le cas arrivant, aux termes de la Coutume.
« Le Conseil, du prince de Condé avait décidé en principe l'afféagement de toutes les terres vaines et vagues de ses domaines, à la charge, par les afféagistes, d'en payer deux boisseaux d'avoine grosse, mesure de Châteaubriant, par journal, et du devoir de rachat, le cas échéant. Cette fois le Conseil dérogeait à la règle générale en faveur de M. du Matz, dans l'espérance que les 250 journaux seraient prochainement mis en culture » [Note : De Cornulier, Dictionnaire des terres du Comté nantais, 285].
A l'exemple du prince, tous les seigneurs du pays se piquèrent d'émulation, vers la même époque, pour arriver au défrichement des vastes landes que la peste noire du XIVème siècle avait laissées après elle. Chacun s'empressa donc d'afféager les terres vaines qu'il ne pouvait mettre en culture par lui-même ou par ses fermiers, et les conditions de ces arrentements furent généralement calquées sur celles que le Conseil du prince de Condé avait adoptées, c'est-à-dire très modérées, même pour le temps. Néanmoins, nous venons d'entendre les paroissiens d'Abbaretz se plaindre, en 1789, de ces afféagements dont ils méconnaissaient l'utilité, ne pensant qu'aux communs envahis par le labourage.
L'année suivante, ils purent cependant ouvrir les yeux et mieux comprendre leurs intérêts. En 1790, en effet, toutes les terres afféagées furent déclarées acquises aux afféagistes et affranchies de toutes redevances, les rentes qui en étaient, le prix convenu de gré à gré ayant été abolies comme entachées de féodalité. « Il est fort probable, écrit, judicieusement M. de Cornulier, que les anciennes rentes féodales, dont l'origine n'était pas connue, n'en avaient pas une moins légitime » [Note : Dictionnaire des terres au Comté nantais, 285].
De nos jours (vers 1898), l'agriculture continue de progresser dans la commune d'Abbaretz, où il ne se trouve plus de landes actuellement. Les laboureurs d'Abbaretz ont trouvé d'ailleurs de beaux modèles et d'excellentes leçons chez leurs voisins les religieux trappistes de Melleray et les directeurs de l'Ecole d'agriculture de Grand-Jouan en Nozay.
Le bourg d'Abbaretz est sur le versant d'une colline séparant le bassin du Don, au Nord, des bassins de l'Isac et de l'Erdre, au Midi. La commune est arrosée au septentrion par un affluent du Don, le Paradel, qui y prend sa source, et affleurée au Sud par les sources de l'Isac ; elle a, en outre, quelques petits cours d'eau sans importance [Note : Au point de jonction des paroisses d'Abbaretz, Saffré, Puceul et Nozay, se trouve une source d'eau appelée Fontaine des Quatre Seigneurs. La tradition locale prétend que les seigneurs et les curés de ces quatre paroisses s'y assemblaient jadis, les premiers pour festoyer au bord de l'onde pure, les autres pour tremper dans cette eau les croix processionnelles de leurs paroisses respectives quand ils célébraient les Rogations].
Le territoire est encore couvert d'un certain nombre de bois, dont le plus important est l'étroite forêt de l'Arche s'étendant en longueur à l'Est, sur plusieurs kilomètres.
Le sol d'Abbaretz, peu mouvementé, s'élève en pente douce jusqu'au faite du plateau central, d'où l'on découvre un vaste horizon. Du côté de Meilleraye, là où s'élevait jadis la chapelle des Croix, l'altitude atteint 87 mètres ; au bourg d'Abbaretz, où elle est de 75 mètres, la vue s'étend jusqu'à la commune de Héric.
« Le bourg d'Abbaretz est à l'Ouest et à 800 mètres de la station du chemin de fer de Nantes à Châteaubriant, d'où partent des correspondances pour Nozay et pour Meilleraye ; il est desservi par trois chemins de grande communication. Un marché y a lieu tous les mois, deux foires annuelles y sont très fréquentées. Il y a un bureau de poste et de télégraphe.
Cinq chemins de grande communication desservent la commune ; son réseau vicinal comprend 54 kilomètres de chemins entretenus. On y compte 124 lieux habités dont les principaux sont les villages de la Lirais, Coulouines, la Chauvelais, la Jahotière, le Houx, la Placière, la Gohardais, puis les domaines de la Beautrais et de la Jahotière » [Note : Orieux, Histoire et Géographie de la Loire-Inférieure, II, 364] et enfin le vieux manoir de Villeneuve.
D'après Ogée, la paroisse d'Abbaretz comptait en 1778 « environ 1,200 communiants » [Note : Dict. hist. et géogr. de Bretagne (nouvelle édition), I, 35]. Selon M. Orieux, en 1895, cette commune, « d'une superficie de 6,195 hectares, avait une population totale de 2,775 habitants et une population agglomérée de 775 habitants » [Note : Hist. et Géogr. de la Loire-Inférieure, II, 363].
Le gros châtaignier des Nonneries, planté au bord du chemin d'Abbaretz à Meilleraye, est une des curiosités de la commune. Le tronc de cet arbre colossal a 8 mètres de circonférence au-dessus de ses racines. Mais ce qui le rend unique parmi ceux de son espèce, c'est que cinq de ses branches étant tombées en terre à 7 ou 8 mètres de distance du tronc — auquel elles continuent de se rattacher par leur base — ont pris racines et formé cinq autres arbres forts et vigoureux, offrant des sujets de 3 mètres de circonférence. L'un de ces étonnants rejetons, s'étant trouvé sur le passage de la route nouvellement refaite, a été par bonheur et avec intelligence respecté sur la voie.
Au point de vue géologique, voici ce que dit d'Abbaretz l'Annotateur du Dictionnaire d'Ogée : « Le bourg d'Abbaretz est sur grès quartzeux schistoïde, qui court Ouest et Est, et passe sous la forêt de l'Arche, où l'on trouve le fer hydroxydé, propre à employer dans les forges. Vaste colline d'ampélite graphite ou pierre noire des charpentiers, qu'on regarde comme colorée par l'anthracite fuligineux. Les habitants du village du Houx s'en servent pour teindre leur fil en noir. Végétation très active. Il y a au milieu de cette colline une excellente fontaine. Stéachiste au Sud, et au Sud-Ouest schiste tubulaire ; au Nord-Ouest, à la Jahotière, schiste varié, alternant avec te quartzite » [Note : Dictionnaire hist. et géogr. de Bretagne (nouvelle édition), I, 35 et 36].
(abbé Guillotin de Corson).
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