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LES ANTIQUITES D'ABBARETZ. |
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ANTIQUITÉS.
DOLMEN ET CROMLEC’H — RETRANCHEMENTS ET CHATEAU OU CHATELLIER D’ABBARETZ — VOIES ROMAINES.
Les monuments celtiques ou mégalithiques ne semblent pas avoir été jadis très nombreux aux environs de Châteaubriant ; il en existait cependant puisqu'on vient de construire à Louisfert un grand et beau calvaire, en entassant les gigantesques pierres des menhirs et des dolmens de la région. Mais sur le territoire d'Abbaretz [Note : Commune du canton de Nozay, arrondissement de Châteaubriant], il n'a été signalé qu'un petit nombre de ces curieux et énigmatiques monuments primitifs : un dolmen [Note : Indiqué par M. Alcide Leroux, dans son étude sur les Monuments en terre élevés avant l'époque feodale. (Mémoires de l'Association bretonne, classe d'archéologie, 1886, p. 101)] et un cromlec'h sur les frontières d'Abbaretz et de Nozay, non loin des vastes retranchements du Bé.
En revanche, une série de remparts, d'ouvrages en terre d'une étendue considérable, semblant appartenir à la période gauloise, traverse Abbaretz et se retrouve au delà dans sept ou huit communes. « Cette ligne de défense, bien interrompue maintenant, présente sur certains points des Oppida, des châteaux en terre flanqués de douves et de remparts ; dans d'autres parties d'énormes talus irréguliers s'allongent parallèlement, séparés par une excavation profonde où l'eau séjourne ; enfin, au dernier tiers de son prolongement vers l'ouest, à partir de la commune de Vay, cette ligne se compose de talus réguliers, très droits, de 5 mètres de large en moyenne, sur 1m,50 à 2 mètres d'élévation, quelquefois accompagnés d'un second talus moins élevé de l'autre côté de la douve. A mon avis, cet immense travail était destiné à servir de frontière, de délimitation entre deux peuplades ennemies » [Note : Pitre de Lisle, Dictionnaire archéologique de la Loire-Inférieure. (Mémoires de la Société archéologique de Nantes, 1880, p. 123)].
Une excellente preuve en faveur de cette explication est le nom de Frontière, conservé actuellement à cette ligne de remparts, du moins en Abbaretz.
Des objets gaulois ont été découverts sur différents points de ces talus. Un magnifique collier en or, tordu en spirale et accompagné d'une arme en fer, a été trouvé, au fond d'une des douves du Bé, entre Nozay et Abbaretz. Plus à l'est, dans des fortifications en terre qui prolongent celles du Bé, des monnaies gauloises (or et électrum) ont également été trouvées à une certaine profondeur en terre. Il est donc vraisemblable que ces travaux datent, du moins en partie, de l'époque gauloise [Note : Pitre de Lisle, Dictionnaire archéologique de la Loire-Inférieure. (Mémoires de la Société archéologique de Nantes, 1880, p. 124)].
Pour mieux nous rendre compte de ces importantes fortifications en terre, étudions-en la ligne sur le territoire d'Abbaretz, en allant de l'ouest vers l'est, depuis le prolongement des retranchements du Bé en Nozay jusqu'aux environs de Cuffat en Meilleraye. Les défrichements rendent aujourd'hui cette étude assez difficile ; elle eût été plus belle il y a 50 ans lorsque d'immenses landes couvraient encore le pays. En suivant la route de Nozay à Abbaretz, on voit, à 2 kilomètres avant d'arriver à ce dernier bourg, une longue suite de talus irréguliers. Cette levée s'efface un peu avant le point où la route pénètre sur le territoire d'Abbaretz ; puis elle reparaît sur la droite où d'énormes talus mamelonnés dessinent une sorte de crête qui se prolonge dans la direction d'un bois de sapins situé à 800 mètres environ au nord du bourg.
« Lorsqu'on franchit ces buttes, on ne voit de tous côtés que des monticules, des trous inégalement disposés et formant une sorte de vallum de 50 à 60 mètres de large. Ces levées sont formées, tantôt de terres amoncelées, tantôt de pierres quartzeuses entassées les unes sur les autres.
Un château en terre, de forme ovale et parfaitement conservé, est adossé à la partie nord de ces lignes. Les douves qui l'entourent sont régulièrement taillées ; elles mesurent 2m,50 de large, au niveau de l'eau. On ne peut les traverser pour arriver dans l'enceinte que par une étroite jetée qui sert de pont ; ce pont est protégé en avant par un rempart en terre et une douve, tracés perpendiculairement à l'axe de la jetée, à environ 10 mètres de son extrémité.
L'intérieur de l'enceinte fortifiée mesure 40 mètres de l'est à l'ouest, sur 32 mètres de largeur. Les talus ont 7 mètres de haut, à partir du fond des douves. A l'intérieur, un rempart de 3m,50 à 4 mètres protège, du côté sud, la moitié de la circonférence de l'enceinte. La partie nord est défendue seulement par la douve et un second rempart, qui pourtourne extérieurement cette douve et forme, au nord, un talus assez élevé.
De cette façon, le côté qui descend le versant du nord et qui n'est protégé ni par le sommet de la colline, ni par la grande ligne de défense, est beaucoup plus faible comme retranchement que la partie opposée.
Les grandes cavités rondes, que l'on voir entre les buttes, ont-elles servi de base à un vicus gaulois ? ou ces trous n'ont-ils pas été creusés par l'extraction du minerai que l'on trouve sur beaucoup de parties de ces talus, mêlé à des scories de fer. Je croirais volontiers que les travaux de retranchements ont mis à jour des filons de minerai qui ont été exploités peut-être à la même époque et certainement depuis » [Note : Pitre de Lisle, Dictionnaire archéologique de la Loire-inférieure. (Mémoires de la Société archéologique de Nantes, 1880, p. 125-126)].
A l'est de cette enceinte, appelée le Châtel ou le Château d'Abbaretz, la ligne des fortifications forme, dans un taillis au-dessus d'une petite coulée venant du bourg, un double talus de 4 mètres de haut, rempli intérieurement de scories de fer. De là, elle se dirige vers le moulin de Lantillou, où elle dessine sur la droite une sorte de rempart aplati sur le sommet.
De l'autre côté de la ligne du chemin de fer, au nord-est du moulin de Lantillou, des buttes et des talus irréguliers existent aux champs de la Ménoiserie.
Plus loin, au bas des coteaux, entre le Petit-Paradel et la Pervanchère, une série d'ouvrages en terre s'étendait sur une longueur de près de 2 kilomètres.
« Ils sont connus sous le nom des Fosses-Taureau. Le défrichement des landes a presque effacé les doubles talus de ces défenses, que les gens du pays désignent encore sous le nom de Retranchements. On me les a indiqués près de la ferme de la Bernarderie, au nord du château de la Rivière. On voit encore au relief du terrain la place qu'ils occupaient. Ces défenses étaient composées d'un double talus, dont l'un de 4 à 5 mètres de base, sur 3 mètres de hauteur ; l'autre plus petit, séparé du premie rpar une douve [Note : Pitre de Lisle, Dictionnaire archéologique de la Loire-Inférieure. (Mémoires de la Société archéologique de Nantes. 1880, p. 127)].
Avant que M. de Lisle eût ainsi décrit ces curieuses fortifications d'Abbaretz, elles avaient été brièvement signalées dès 1778 par Ogée et de nos jours, en 1865, par MM. Orieux et du Chalard ; mais M. de Lisle fut le premier à en donner une complète description. Nous venons de voir, toutefois, que ce savant archéologue hésite à donner son appréciation sur la raison d'être de ces retranchements.
C'est pourquoi, en 1882, M. René Kerviler publia un long et savant mémoire intitulé: La grande ligne des mardelles gauloises de la Loire-Inférieure [Note : Mémoires de l'Association bretonne, classe d'archéologie, 1882, p. 39 et suiv.]. Selon lui, derrière ces fortifications principales, telles que le Bé et le Château d'Abbaretz, s'abritaient des habitations et des villages ; les cavités existant encore en si grand nombre n'étaient que les vestiges des fondations de cabanes construites par les Gaulois, c'est-à-dire des mardelles selon le langage archéologique ; certaines excavations devaient être aussi des minières.
« Les groupes les plus étendus en largeur, dit M. Kerviler, sont ceux du Bé, des vieux châteaux d'Abbaretz et des Fosses-Taureau. Le sol y est tellement bouleversé dans tous les sens, sur la lande et dans les taillis, qu'au premier aspect on ne distingue aucun ordre dans ces terrassements épars ; mais on s'y retrouve bien vite, et on a devant soi l'impression des fondations d'une série de petits villages dans le genre de ceux des tribus de l'Afrique. Il faut noter, du reste, que les points de plus grande amplitude en largeur sont ceux qui avoisinent les forteresses. Cela est naturel ; car on était là sous une protection plus directe, et les masses s'y portaient plus volontiers ; il fallait bien aussi loger les familles des soldats des garnisons » [Note : Mémoires de l'Association bretonne, classe d'archéologie, 1882, p. 50].
La tradition locale conserve encore, au reste, le souvenir de guerre el de combats attaché à ces retranchements : « à Abbaretz on vous dira que ces monuments remontent aux temps les plus reculés ; que pendant quatorze ans nos aïeux y luttèrent avec persévérance et que la population mâle fut presque anéantie » [Note : Mémoires de l'Association bretonne, classe d'archéologie, 1882, p. 54].
Bien plus, cette même tradition mentionne encore en Abbaretz les pierres de fronde, arme essentiellement gauloise dont César parle souvent : un fermier de la métairie de Forges en cette paroisse, âgé de 93 ans, interrogé naguères s'il n'avait point trouvé parfois dans ces champs des pierres taillées en forme de demi-boule, répondait : « Ah ! si, il n'en manque pas chez nous. J'ai entendu raconter à mon grand-père que ces pierres-là s'appelaient des pierres de fronde, c'était il y a bien longtemps ; on ne connaissait pas encore les fusils et les canons, et mon grand-père me disait que, dans ce temps-là, ceux qui étaient cachés dans nos forts s'en servaient pour chasser l'ennemi » [Note : Mémoires de l'Association bretonne, classe d'archéologie, 1882, p. 69].
Outre ces pierres de fronde, M. Kerviler signale une bache en diorite trouvée en Abbaretz au village de Larrée, au sud de la ligne des retranchements.
En résumé, M. Kerviler distingue les retranchements des excavations qu'il nomme mardelles et conclut que celles-ci « ont eu pour origine l'exploitation du fer ». Il ajoute que l'ensemble des monuments est « manifestement gaulois et des derniers siècles avant l'occupation romaine » [Note : Mémoires de l'Association bretonne, classe d'archéologie, 1882, p. 71 et 73].
Au savant mémoire de M. Kerviler, M. Alcide Leroux crut devoir répondre par une intéressante étude sur les Monuments en terre élevés avant l'époque féodale [Note : Mémoires de l'Association bretonne, classe d'archéologie, 1886, p. 96 et suiv.]. Voici sa conclusion :
« Il semble impossible d'admettre que les fosses et les buttes (d'Abbaretz et des environs) ont été des habitations. Elles n'en ont nullement l'apparence et rien ne prouve qu'elles aient eu cette destination ; tout démontre, au contraire, que la région qu'elles occupent n'était guère peuplée ou ne l'a été que fort peu de temps. Ces fosses et ces buttes ne sont, en principe et en elles-mêmes, ni des mardelles, ni des minières. Nous persistons à voir, dans les fosses et les buttes du Bè et d'Abbaretz, une ligne de retranchements orientée systématiquement de l'est à l'ouest.
Les forts du Bé et d'Abbaretz sont là pour attester la destination d'une fortification. Ceci, nous en sommes certain ; le reste n'est qu'hypothèse et l'hypothèse en cette question nous semble périlleuse » [Note : Mémoires de l'Association bretonne, classe d'archéologie, 1886, p. 102 et 108].
Enfin, récemment, un habile archéologue, fouilleur infatigable, M. Léon Maître, archiviste de la Loire-Inférieure, est venu son tour s'occuper de nos vieux retranchements ; il a présenté au public une séduisante théorie de ce qu'il appelle les Châtelliers industriels ; voyons comment la résume M. Arthur de la Borderie :
« En étudiant le développement de l'industrie métallurgique aux environs de Blain et dans la région de Châteaubriant, on a proposé d'attribuer sous le nom de Châtelliers aux ouvriers et, aux établissements métallurgiques certains retranchements en terre jusqu'ici qualifiés camps romains. On a remarqué que ces enceintes, tantôt circulaires, tantôt rectangulaires, ne sont ni assez spacieuses pour contenir un corps de troupes, ni dressées dans des situations stratégiques. Donc, elles n'avaient ni une origine ni une destination militaire ; leur objet véritable était de protéger contre une surprise, un coup de main, contre la convoitise des bandits, les ouvriers métallurgistes et même les potiers, leurs ateliers, leurs ustensiles et les produits de leur travail : d'autant que dans ces enceintes et dans leur voisinage on trouve plus ou moins abondamment, tantôt des déchets de minerai, des scories de fer, du charbon, tantôt des briques de diverses formes, des tuiles à rebord et parmi celles-ci beaucoup de pièces de rebut » [Note : Arthur de la Borderie, Histoire de Bretagne, I, 153].
Voici du reste comment s'exprime M. Léon Maître lui-même : « Les ouvriers qui travaillaient les métaux avaient plus d'un motif pour habiter ailleurs que dans des huttes de branchages et de terre ; ils avaient des instruments, un matériel et des produits à mettre en sûreté il n'est donc pas étonnant qu'ils aient pris l'habitude de se retrancher derrière de hauts talus » [Note : Léon Maître, Les villes disparues des Namnètes, p. 306].
Rappelant ensuite le mémoire de M. Kerviler sur La grande ligne des mardelles gauloises dans la Loire-Inférieure, l'éminent historien breton, M. de la Borderie, nomme les enceintes fortifiées d'Abbaretz et conclut ainsi : « D'accord avec M. Maître, M. Kerviler regarde ces enceintes comme destinées à la protection des ouvriers et des ateliers métallurgiques, et il signale, en outre, toute une ligne d'excavations artificielles (les mardelles) creusées originairement pour la quête du minerai de fer et ensuite utilisées comme habitations ou comme magasins. Il rapporte surtout cette exploitation métallurgique à l'époque gauloise, tandis que M. Maître la montre se continuant et se développant à l'époque gallo-romaine. En somme les recherches de ces deux savants archéologues sur cette matière fort curieuse sont très concordantes et se confirment réciproquement, en tous les points essentiels » [Note : Histoire de Bretagne, I, 154].
Nous venons de voir que suivant M. Léon Maître, l'industrie métallurgique s'est continuée du temps des Romains à l'abri des retranchements élevés par les Gaulois. Cela nous amène à signaler en Abbaretz les tronçons de voies romaines qu'on y retrouve. La première est un chemin apparaissant aussi en Auverné et en Saffré, oui il est connu sous le nom de la Levée de Saumur. Cette voie romaine effleure l'extrémité méridionale de la paroisse d'Abbaretz ; « elle traverse, dit, M. Pitre de Lisle, la partie de la forêt de Saffré comprise dans le territoire d'Abbaretz, au nord du village de la Haye-Tilly » [Note : Diction. archéologique de la Loire-Inférieure. (Mémoires de la Société archéologique de Nantes, 1880, p. 128)]. Un autre chemin semblable au précédent coupe Abbaretz vers le septentrion et passe à Montjounet, la Rivière et le Paradel [N[Note : Grolier, Monographie ms. de la commune d'Abbaretz]. Il est à remarquer que ces trois habitations remontent à une haute antiquité et que la dernière portait à l'origine le nom caractéristique de Pas-Adel.
Pour conclure, nous trouvons en Abbaretz les trois grandes périodes de l'antiquité représentées chacune par quelques monuments : la période mégalithique, par un dolmen el un cromlec'h ; — la période gauloise, par des retranchements et un château ou châtellier de terre ; — la période romaine, par deux voies antiques.
Les savants continueront probablement à disserter sur l'origine et la destination de ces monuments ; ce qui demeure certain, c'est qu'ils remontent à une très haute antiquité, c'est qu'ils sont la preuve de l'habitation et d'une certaine civilisation de la contrée à une époque très reculée.
(abbé Guillotin de Corson).
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