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Chapelles, Autels, Enfeux de la cathédrale de Tréguier

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En 1849, dans l'intéressant rapport qu'ils adressaient à de Caumont sur quelques monuments des Côtes-du-Nord (aujourd'hui Côtes-d'Armor), de Barthélemy et Guimart mentionnaient soigneusement, entre autres, les armoiries et enfeux subsistants de la cathédrale de Tréguier. Ils y joignaient, d'après les documents conservés aux Archives départementales, la liste des personnages inhumés dans cet édifice, espérant, disaient-ils, faciliter par cette longue énumération l'identification des différentes chapelles dont les vocables primitifs avaient presque tous été modifiés.

Tenté par ce sujet, Chardin reprit et publia en 1886 l'étude détaillée des tombeaux et, sculptures héraldiques de la cathédrale, article définitif, semblait-il, et reproduit intégralement dans tous les essais postérieurs de monographie. Malgré quelques contradictions sur les vocables anciens et l'inexactitude de plusieurs croquis, les abondantes références, montrant que l'auteur avait dépouillé consciencieusement les dossiers d'archives concernant son sujet, paraissaient en effet devoir inspirer toute confiance. Aussi notre étonnement fut-il grand lorsque, parcourant à notre tour les comptes et les délibérations du chapitre, les registres des anniversaires et des fondations, nous découvrîmes qu'à l'exception de la chapelle Sainte-Anne, qui a conservé son vocable primitif et de la chapelle Saint-Tugdual (actuellement sous le vocable de N. D. de Bonsecours), facilement reconnaissable à l'enfeu de l'évêque Christophe du Chastel, les neuf autres avaient été identifiées de façon totalement erronée ainsi que la plupart des autels de la nef. 

Il est aisé, d'ailleurs, de voir que toutes ces erreurs proviennent de ce que Chardin a appliqué au mobilier actuel de la cathédrale des textes se rapportant à l'ancien ; aussi importe-t-il, croyons-nous, pour l'intelligence de ce qui va suivre, de commencer par indiquer quelles modifications y furent successivement apportées et de préciser également certains vocables des différentes parties du monument que l'on rencontre dans les actes du chapitre...

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cathédrale de tréguier

cathédrale de tréguier

Rappelons brièvement tout d'abord que l'édifice actuel fut achevé vers 1438 par l'aile méridionale du transept dont le portail (A) (fig I) surmonté du clocher ou tour neuve prit, pour cette raison, le nom de portail des cloches (Nota :  la charpente du clocher fut faite en 1432 et le clocher terminé la même année comme l'indique la mention du compte " à Jean le Corre pour avoir fait une croix pour le clocher nonobstant qu'elle n'y puisse être mise parce qu'elle est trop légère ". Le portail. des cloches, ayant été abîmé, fut refait, en 1470, en pierre de Pluzunet. Henry (alias Hervé) Ploegoulm (en français Colombe, peut-être l'un des parents de Michel ?) en sculpta les images. Il commença son travail le 5 novembre et reçut pour les 35 journées pendant lesquelles il travailla en cette année (jusqu'à Pâques) la somme de 6 livres 4 sols 8 deniers. Après cette réfection, les marchandes trouvèrent commode d'y installer à l'abri leurs éventaires les jours de fête et de marché et finirent même par l'encombrer tellement que le vendredi 26 septembre 1659, les chanoines, considérant que ces étalages " apportaient beaucoup de trouble et incommodité, et même empêchaient la libre entrée de l'église ", invitèrent les sacriste et sous-sacriste à ne plus les tolérer à l'avenir). A la fin du XVème siècle, l'ancien porche (B) donnant sur le bas coté sud fut muré et l'on y plaça les fonts baptismaux d'où le nom de porche des baptistères sous lequel il est mentionné, conjointement avez celui de porche méridional, dans les actes postérieurs. Quant au troisième porche (C), au bas de la nef, il portait les noms de porche occidental ou plus souvent de porche des ladres, les lépreux s'y tenant pour suivre les offices (Nota :  Ce portail, comme celui des cloches d'ailleurs, portait à son trumeau une statue de la Vierge, ainsi que nous le font connaître deux marchés des 31 Juillet et 25 août 1654 par lesquels maître Le Pelletier, sr. de la Touche, maître doreur, est chargé d'étoffer ces statues).

Peu avant 1442, la chapelle destinée à recevoir la dépouille de Jean V fut commencée ; et, achevée quelques années plus tard, elle fut dédiée à Dieu sous l'invocation de saint Yves, d'où le nom de chapelle Saint-Yves (D) qui l'a fait parfois confondre avec la chapelle Saint-Yves de Kermartin au Minihy-Tréguier. Elle reçut en 1451 le corps du duc et fut aussi appelée, de ce fait, chapelle du duc, ou choeur du duc. Elle prit également le nom de chapelle du Saint-Sacrement, la réserve eucharistique s'y trouvant et la confrérie du Saint-Sacrement y célébrant ses offices. 

Mentionnons enfin que le cloître actuel entrepris vers 1450 fut achevé en 1468 (Nota : A dater de cette dernière année, en dehors de la réfection du portail des cloches en 1470, de celle de quelques remplages des fenêtres par les prééminenciers, ainsi que nous l'indiquerons en étudiant les chapelles, et de la reconstruction de la flèche en 1785, le gros oeuvre ne subit aucune modification importante. Au milieu du XIXème siècle, à partir de 1841 l'on entreprit d'importants travaux de restauration notamment en 1842 où l'on démolit et reconstruisit six des arcs-boutants de la nef, côté nord, et où l'on procéda à la restauration du pignon occidental ; en 1843, où l'on répara la tour du Sanctus ; en 1848, où l'on dut refaire le remplage de la grande verrière de l'aile méridionale du transept qui s'était écroulée le 28 février sous la poussée d'un violent ouragan ; en 1860, où l'on commença la démolition des masures accolées à l'édifice, en 1866 et 1868 où l'on refit plusieurs remplages des fenêtres des, chapelles, en 1875 enfin où, le 28 août, l'on posa au sommet de la flèche une croix pesant 5OO kg. Le lecteur trouvera le détail de toutes ces restaurations, qui sort du cadre de cette étude, dans l'important dossier de la cathédrale conservé aux archives des Monuments historiques).  

C'est, d'autre part, entre 1442 et 1453 que la cathédrale fut décorée de peintures murales, de vitraux et d'un pavage par l'évêque Jean de Ploeuc (Nota : La grande vitre au-dessus du portail des cloches ne fut posée qu'en 1468. Quant à la décoration murale de cette époque, l'on voit encore sur l'un des piliers de la nef, en face du porche des baptistères une image de saint Corentin. Le compte de 1497 mentionne également, entre autres, la réparation d'un tableau en dehors du choeur, où est l'image de saint Christophe). 

Le chapitre, désirant lui aussi embellir le choeur et les chapelles donnant sur le déambulatoire dont il avait la disposition, autorisa tout d'abord, par acte du 25 août 1483, ceux de ses membres qui le désiraient à élire leurs sépultures dans ces diverses chapelles à condition de les décorer à leurs frais ; puis quelques mois plus tard, en 1485, il passa commande à Albert de Horst et Jean Dedie du chanceau fermant le choeur. Enfin, au début du XVIème siècle, par actes des 22 mars 1508 et 20 juillet 1509, il confia à Gérard Dru et Tugdual Kergus l'exécution des nouvelles stalles et d'un lutrin semblable à celui de Saint-Pol-de-Léon. La confection de ces stalles ayant entraîné la démolition des anciennes portes latérales, au droit du marchepied du grand autel, et l'argent manquant, deux chanoines, Guillaume de Guicaznou et Henry de Kerguenech s'obligèrent à les faire reconstruire en pierres de taille (nota : Henry de Kerguenech s'engagea à rebâtir la porte du choeur vers le midi, le 31 août 1512 ; Guillaume de Guicaznou, sr. de Kerphilippes, celle du nord, le 13 juin 1513). En reconnaissance, ils eurent permission d'établir auprès une voûte pour leur sépulture, arcades qui servirent ainsi d'amorce à la clôture du choeur, laquelle fut terminée vers 1525 grâce aux libéralités de plusieurs chanoines qui obtinrent semblables permissions d'enfeux. 

Si le choeur occupait, l'emplacement actuel, il était donc bien loin de présenter alors la même physionomie. Fermé latéralement par ses hautes stalles surmontées de dais et entourées d'une clôture de pierre, séparé de la nef par son chanceau monumental, il offrait ainsi l'aspect classique conservé, actuellement encore, par plusieurs cathédrales : Auch et Saint-Bertrand de Comminges par exemple.

En 1641, le maître-autel fut remplacé par le massif monument de Tugdual Caris, démoli lui-même au milieu du XIXème siècle, et les belles stalles furent malencontreusement modifiées ; le chanceau subsista cependant jusqu'à la Révolution. 

Le choeur ne servait qu'aux offices canoniaux et aux cérémonies solennelles où l'évêque officiait pontificalement, la cathédrale n'étant pas paroisse ; mais, fait des plus curieux, les offices paroissiaux, en l'absence d'églises, étaient cependant célébrés dans la cathédrale où chacune des trois paroisses avait dans la nef un autel particulier (Nota : Seuls les services d'enterrement se célébraient, jusqu'en 1768, dans la vieille église de N.-D. de Coatcolvezou, malheureusement détruite aujourd'hui, à l'exception de ceux des personnes inhumées dans la cathédrale, enterrements dits « au grand glas »). Quant aux fondations, elles se desservaient soit sur les autels des diverses chapelles, soit sur ceux adossés aux piliers de la nef, enfin sur les deux accostant le chanceau à gauche et à droite de l'entrée principale du choeur. 

Aujourd'hui la nef est complètement dégagée de tous ces autels qui l'encombraient exagérément ; et, malgré l'utilité de leurs balustres comme sièges signalée par le chanoine Philibert Le Gendre, l'on ne peut vraiment regretter cette disparition et celle du chanceau qui rendent à l'édifice la perspective voulue par le maître de l'oeuvre et permettent d'en admirer les harmonieuses proportions. Aussi, lorsqu'il pénètre dans la cathédrale, particulièrement par le portail occidental, le visiteur ne manque pas d'être séduit par sa réelle beauté, malgré l'irrégularité de son plan et l'extrême variété des piliers supportant les grandes arcades. Les orgues étaient primitivement dans l'aile nord du transept, contre la tour Hasting (E), mais leur soufflet ayant là à souffrir de l'humidité et surtout des rats qui obligeaient le chapitre à d'importantes commandes de poison chez l'apothicaire, il fut décidé, par délibération canoniale du 20 juillet 1665, de les transporter au bas de la nef à l'emplacement actuel (F) ; et, l'humidité sévissant encore, il fut convenu le 7 décembre 1668 que, pour y obvier, l'on maçonnerait le bas de la vitre du pignon occidental jusqu'à hauteur de deux panneaux de verre. Le buffet d'orgues ancien fut détruit au début de 1794, lors du sac de l'église par les soudards du bataillon d'Etampes qui brisèrent également les tombeaux de Saint-Yves (G) et de Jean V (H) ainsi que tous les autels, les statues, les meubles et les boiseries. 

Leurs débris et les ornements qui avaient échappé au pillage ou qui avaient été restitués grâce à l'énergie de la municipalité, furent vendus à l'encan du 26 messidor au Ier thermidor an III, comme en témoignent les procès-verbaux qui ont été conservés (Archives Côtes-d'Armor, Série Q, première origine, district de Lannion). Le 27 messidor l'on adjugea entre autres « Les deux reliquer du cy devant Saint Yves (sic), en bois doré » moyennant 15 livres, et « une espèce de niche du ci-devant coeur du duc » pour 67 livres. 

Le 28, le coffre-fort du chapitre monta à 100 livres, les boiseries du chapitre « avec les bois à l'autour » à 100 livres également, les devants d'autels « avec les autres mauvais bois de menuyserie, une vieille porte de confessionnal brisée » à 60 livres. Six tapisseries du séminaire furent adjugées le même jour 305 livres, les deux bancs des cy devant chanoines 24 livres 6 sols, tous les bancs et « mauvais bois se trouvant au cy devant coeur » 125 livres, les débris des meubles 1150 livres ; différents morceaux de marbre provenant des statues et des tombeaux pour 32 livres 10 sols. 

Le 29 messidor la balustrade du choeur avec les 36 stalles furent adjugées au citoyen Guillou l'aîné pour la modique somme de 39 livres (Nota : Sans doute Guillou l'aîné, qui devint en 1801 maire de Tréguier, agissait-il pour le compte de Mgr Le Mintier, puisque les stalles purent être, grâce à lui, heureusement conservées) ; les armoires de la sacristie pour 70 livres, enfin les bois des orgues et leurs charpentes, à l'exception des parties métalliques, trouvèrent preneur à 2050 livres. 

Les orgues actuelles provenant de l'abbaye de Bégard et les beaux autels et meubles que l'on peut admirer dans le transept, dans le choeur et dans la sacristie, y ont été placés au milieu du XIXème siècle par l'abbé Durand, archiprêtre de Tréguier, à l'instigation duquel furent faites d'intelligentes restaurations, poursuivies avec tant de goût par M. le chanoine Lainé. 

Mentionnons encore, en terminant, que la librairie ou bibliothèque du chapitre s'étendait au-dessus de la sacristie actuelle (I), et que la salle capitulaire ou chapitre, se trouvait, suivant les plans anciens, à l'ouest de l'aile méridionale du transept, entre celle-ci et le porche des baptistères avec porte sur le bas-côté sud dont on voit encore l'accolade (J). 

Si le cadre dans lequel se déroulaient les diverses cérémonies s'est ainsi grandement modifié au cours des siècles, le nombre et la pompe de ces dernières n'ont pas moins évolué, particulièrement depuis la suppression du siège épiscopal en 1801, et plus récemment depuis l'exode des nombreuses communautés. 

A l'exception du 19 mai, où le pardon de Saint-Yves attire toujours une foule considérable de pèlerins, la grande nef est aujourd'hui souvent déserte et nous sommes bien loin de l'animation qu'y faisaient régner jadis, presque tout le jour, la foule des pèlerins, tant bretons qu'étrangers, accourant au tombeau du saint, et des fidèles se pressant aux innombrables offices célébrés depuis matines jusqu'au soir : offices canoniaux du choeur, offices paroissiaux, anniversaires et fondations, enfin services des confréries. 

Il convient donc, si l'on veut avoir une image exacte de la cathédrale au temps passé et connaître en même temps à quelles cérémonies se rapportent les actes que nous énumérerons plus loin, d'indiquer en quelques mots les rites particuliers à ces dernières. Nous avons montré ailleurs que les chanoines trégorrois n'étaient pas, en général, des plus assidus aux offices canoniaux, ce qui leur valut, surtout à partir du XVIIème siècle, des remontrances aussi justifiées que fréquentes de la part des prélats éminents qui se succédèrent sur le siège de Saint-Tugdual. Par contre, l'on ne peut certes pas leur contester un sens musical des plus développés, si l'on en juge par l'importance de la maîtrise de la cathédrale et par les nombreuses auditions de musiciens ambulants, notamment de joueurs de serpent, relatées dans les comptes du chapitre. 

En dehors des offices canoniaux, l'on célébrait également au choeur les fêtes et offices solennels, en particulier les fréquents Te Deum ordonnés par Louis XIV et Louis XV à l'occasion des événements heureux de la cour, des victoires et des traités de Paix (Nota : Pour les Te Deum et fêtes solennelles, des tapisseries de prix étaient suspendues devant le choeur). 

Pour ces cérémonies, il fut décidé qu'après que les ecclésiastiques, tant du haut que du bas du choeur, auraient occupé leurs places, les juges et magistrats de la ville, les gentilshommes et autres personnes de considération seraient admis dans le choeur et placés dans les chaires vacantes. Cette permission n'alla pas naturellement sans quelques abus, principalement de la part des laquais des hauts personnages qui se faufilaient dans les stalles sans la moindre discrétion et occupaient les sièges des chanoines avant que leurs légitimes possesseurs n'eussent pris place. Maintes fois même l'officiant fut gêné par leur foule se pressant jusqu'à l'autel ; et le chapitre dut, à plusieurs reprises, prescrire des mesures pour empêcher de tels désordres. 

Au cours de l'office, d'ailleurs, l'on devait être plus à l'aise, car le bas choeur, pointé à son entrée, n'avait rien de plus pressé que s'éclipser et fut, à ce sujet, sans cesse admonesté par le chapitre. Il lui fut rappelé, entre autres, qu'il était interdit de sortir du choeur pour aller faire la conversation dans l'église avec les laïques, et qu'il était indécent de voir pendant l'office des prêtres divaguer et se promener au marché en surplis et aumusse, voir même au cabaret. Il fut donc décidé de pointer les assistants deux fois pendant l'office, au début et à la fin, et de leur interdire la sortie du choeur pour quelque motif que ce fut, sous peine d'une amende ou mulete de cinq sols ; il leur était, en tous cas, enjoint de fermer la porte. Enfin, le 9 septembre 1650, une délibération canoniale sur le même sujet recommandait aux recteurs, vicaires, chantres et suppôts de la cathédrale d'avoir plus de tenue et aussi plus de dévotion au Saint-Esprit. 

Lors de ces offices solennels, avait lieu une procession qui descendait d'abord la nef avec de nombreuses stations devant le Crucifix et au droit des tombes des principaux fondateurs. Au retour, elle s'arrêtait devant le tombeau de Saint-Yves, puis passait dans la chapelle du duc, d'où, après une nouvelle station devant le tombeau de Jean V, elle entrait dans le cloître par la porte Saint-Jean (K), en faisait le tour, et regagnait le choeur par la porte Saint-Jérôme (L). Au milieu du XVIIème siècle, les arrêts au droit des tombes des fondateurs furent considérablement réduits. 

C'est qu'en effet les fondations pieuses desservies dans la cathédrale étaient si nombreuses que certains jours elles ne pouvaient être célébrées sur l'autel désigné par le fondateur (Nota : Le 15 décembre 1651, par exemple, les chanoines réprimandent François Mahé pour sa négligence à desservir l'altarystie du feu Sgr. d'Amboise les dimanche et mercredi sur l'autel Saint-Martin et lui enjoignent, en cas de surcharge, de desservir sur l'autel Sainte-Catherine, proche et adjacent). 

Elles revêtaient d'ailleurs diverses formes : chapellenie, altarystie soit hebdomadaire soit mensuelle, anniversaire annuel avec ou sans concession d'enfeu, enfin simple participation aux prières des trépassés. Certaines étaient même très particulières, témoin la donation faite le 26 octobre 1537 par Yves Guézou d'une somme de 60 sols monnaie de rentes « pour que la plus grosse cloche de la cathédrale soit sonnée et gobetée de vingt-quatre coups tous les vendredi par le sous-sacriste à l'heure de midi en commémoration de la mort et passion de Notre-Seigneur »

De toutes ces fondations, la plus importante était, sans contredit, celle faite par Jean V le 7 octobre 1420. Le duc, ayant élu sa sépulture en la cathédrale de Tréguier près du tombeau de Saint-Yves, léguait en effet 500 livres de rentes pour la célébration de douze anniversaires solennels, chaque premier du mois non empêché, et d'une messe quotidienne à l'issue des matines. L'officiant, accompagné du diacre et sous-diacre et précédé de tout le bas choeur, devait se rendre processionnellement à l'autel de la chapelle du duc où il célébrait la messe. A la fin il devait aller sur la tombe ducale chanter le ne recorderis, le pater poster et le de profundis. L'évêque et les chanoines étaient tenus d'assister à la cérémonie à moins de raison majeure, et chaque membre du chapitre, avant sa réception, devait prêter serment d'observer les volontés de Jean V. 

Pour les anniversaires ordinaires, les plus nombreux d'ailleurs, le cérémonial était le suivant : La veille, à l'issue des vêpres, on sonnait les cloches, soit toutes, soit au moins les deux plus grosses. L'officiant, accompagné d'un diacre et sous-diacre en chasubles noires et précédé d'enfants de choeur et du porte-croix, se rendait tout d'abord au choeur où des prières étaient récitées, généralement vigiles des morts et leçons diverses dont le nombre variait avec l'importance de la fondation. Puis, tous se rendaient en cortège sur la tombe du fondateur sur laquelle avaient été posés préalablement des chandeliers (Nota : Autrefois deux chandeliers de fer portant chacun deux cierges, plus tard quatre chandeliers d'argent à un seul cierge) et la piscine avec l'aspergeoir. Après récitation du de profundis et du ne recorderis, l'officiant bénissait la tombe. Le lendemain, service d'anniversaire, à notes ou à basse voix suivant les cas, à l'intention de Dieu, de Nosseigneurs Saint André (Nota : Premier patron de la cathédrale. Ce premier patronage non breton semble confirmer la tradition qui place au Yaudet "vetus civitas" le siège d'un évêché gallo-romain disparu avec la ruine de cette cité par les pirates du nord et auquel succéda l'évêché de Tréguier sous Nominoë), Saint Tugdual et Saint Yves, du défunt, de ses parents et amis, service célébré, à moins de stipulations contraires, sur l'autel le plus proche de la tombe ; puis, à nouveau, procession, récitation de prières et bénédiction de l'enfeu comme la veille. 

Les fondations anciennes paraissent avoir été desservies avec ponctualité jusqu'au XVIIème siècle, mais il semble bien que, dans la suite, les chapelains, désignés par les descendants des fondateurs ou à défaut par les chanoines, n'aient pas toujours été très zélés ; et les registres des délibérations du chapitre contiennent, là encore, de sévères et fréquentes réprimandes à l'égard des desservants peu scrupuleux (Nota : Citons au hasard une réprimande, du 13 avril 1654, adressée à Nicolas le Guluge, chapelain, pour son manque d'assiduité à desservir la fondation de Barbe de Botharec ; et un acte de 1671 par lequel Yves Primaigue, l'un des héritiers d'Eliette de Trogoff, se plaignait que la fondation de cette dame ne fut pas desservie). D'autres mettaient un empressement un peu excessif, suivant le sacriste, qui se plaignait amèrement à Messieurs du chapitre, le 28 août 1672, de ce que les prêtres desservant les fondations ne remettaient pas les ornements et les calices à la sacristie, mais les abandonnaient sur les autels. Quant au bas choeur assistant aux services, l'on fut obligé le 19 septembre 1659 de prescrire, comme l'on avait dû déjà le faire pour les offices solennels, deux pointages : l'un après la première collecte, l'autre après la post-communion ; et peu après, en 1666, il fallut en plus lui interdire de s'approprier les cierges et bougies pour son usage particulier. 

Outre ces nombreuses cérémonies, se célébraient également en la cathédrale les offices des confréries. A Tréguier, comme dans le reste de la chrétienté, elles étaient très nombreuses, sociétés de secours mutuels soit purement pieuses comme celles de Saint-Yves, de la Charité, du Rosaire, des Agonisants, des Trépassés, du Sacré-Coeur, soit corporatives placées sous le patronages d'un saint : confrérie de Saint-Tugdual (filotiers), de N.-D. de Pitié (tailleurs), de Saint-Joseph (menuisiers), du Sacre (cordonniers) [Nota : Les confréries de l'Assomption de la Vierge, de Saint-Fiacre (jardiniers) et de Sainte-Catherine (bouchers) se desservaient hors de la cathédrale en la chapelle de N.-D. de Coatcolvezou. Sur les confréries bretonnes dont l'histoire complète reste à écrire, voir en particulier : Léon Maître : Les confréries bretonnes au moyen âge. Nantes, Forest et Grimaud 1876. Il serait très désirable de rassembler les vestiges de ces confréries, comme cela s'est fait dans plusieurs provinces et à l'étranger, notamment au beau musée de la Byloke, à Gand]. 

Nous dirons plus loin quelques mots de chacune d'elles à propos des chapelles où elles s'assemblaient. Bornons-nous maintenant à signaler qu'il leur fut défendu de faire célébrer les offices pendant la grand'messe, tout d'abord pour ne pas gêner la procession et ensuite pour ne pas importuner les autres fidèles par les quêtes que leurs gouverneurs avaient pris l'habitude de multiplier. En 1654, les chanoines interdirent à ces derniers de quêter autrement que pendant la messe dite sur l'autel de la confrérie, mais les autorisèrent cependant à laisser un plat sur cet autel pour recueillir les offrandes ; seul le gouverneur de la Charité avait en outre le droit de quêter à la grand'messe chaque premier dimanche du mois. Cette interdiction ne fut pas respectée plus que les autres et dût être renouvelée plusieurs fois, le 21 novembre 1659 notamment ; enfin, le 27 février 1662, Mgr Grangier, ayant fait ériger un tronc pour recevoir les aumônes du peuple au profit de l'hôpital général « comme il se voit es autres villes où il y a des enfermés », renouvela une dernière fois la défense et prescrivit qu'en cas de désobéissance le plat serait vidé dans le tronc « des enfermés ». Le nombre des confréries augmentant, presque toutes les chapelles du choeur, au milieu du XVIIIème siècle, en abritaient une dont les membres pourvoyaient à la décoration de l'autel et à l'entretien du linge. Aussi, à cette époque, la plupart des gouverneurs furent-ils remplacés par des femmes ou des ecclésiastiques (Nota : En 1750 nous trouvons : L'abbé de Kerguenech, gouverneur de la chapelle Saint-Joseph ; la baronne de Penmarch, gouverneur de la chapelle Saint-Nicolas ; la Vicomtesse de Talhouet, gouverneur de la chapelle Sainte-Anne ; Mlle de Keranmazé de Parthenay, gouverneur de la chapelle de Bons-Secours ; Mme de Kerouzy, gouverneur de la chapelle de Bonnes-Nouvelles ; Mlle du Bizien du Lezart, gouverneur de la chapelle de Jésus ; Mlle Le Bonniec, gouverneur de la chapelle du Rosaire).

Un dernier élément contribuait enfin à animer la cathédrale, un peu trop peut-être, les mendiants. Ils manquaient eux aussi tant de discrétion que, le 14 juin 1658, le théologal, Jean du Val, ayant remontré que depuis longtemps « la grande multitude des pauvres et mendiants qui se trouvait en cette église troublait les prêtres en la célébration des messes et divertissait le peuple de sa dévotion par leurs cris et demandes importunes », demanda l'institution d'un homme « aux fins de réprimer les dits pauvres, les obliger de se retirer aux portes, chasser les chiens et autres animaux et faire cesser tout ce qui peut apporter trouble à l'office divin ». Le chapitre approuva cette institution et décida l'achat d'étoffe de couleur violette pour un jupon ou casaque avec une toque. Cet uniforme du bedeau subsiste encore au milieu du XXème siècle à Saint-Brieuc et à Tréguier à trois siècles d'intervalle. 

Ayant ainsi précisé les modifications apportées à diverses époques au mobilier de la cathédrale, et indiqué très sommairement les rites des cérémonies auxquelles se rapportent les nombreux actes du chapitre qui nous sont parvenus, l'identification des vocables successifs des différentes chapelles, des autels et des enfeux devient relativement aisée, nous commencerons par le choeur. (fig. 3).  

 

cathédrale de Tréguier

CHOEUR

Le choeur (I) comprend quatre travées voûtées sur croisée d'ogives, trois sensiblement barlongues et la travée absidiale pentagonale. Il est entouré d'un déambulatoire sur lequel s'ouvrent, entre les contreforts, onze chapelles. Seule la clef de voûte de la seconde travée (1) est armoriée et porte : d'argent au lion de gueules tourné à dextre avec une crosse d'or en pal, armes de l'évêque Pierre Morelli (1385-1401). Celles de la troisième travée (2) et de la travée absidiale (3) sont historiées et représentent respectivement saint Yves et saint Tugdual.  

cathédrale de tréguier

cathédrale de tréguier

Suivant les anciens catalogues et les registres capitulaires, le choeur renfermait les tombeaux des évêques suivants (voir fig. 1) :

1° de Jean de Ploeuc (1442-1453), à l'entrée, devant le pu­pitre ; (c)

2° de Jean de Coetquis (1454-1464) devant le trône épiscopal, tout auprès ; (d)

3° de Jean de Calloet (1502-1505) à droite en entrant près de la tombe de Jean de Ploeuc ; (f)

4° d'Adrien d'Amboise (1604-1616) même tombe que celle de Jean de Calloet ; (f)

5° de Guy Champion de Cicé (1620-1635) au milieu du choeur ; (h)

6° de Noel Deslandes (1635-1645) au milieu du choeur au droit de la tombe de son prédécesseur ; (i)

7° de Balthazar Grangier (1646-1679) au milieu du choeur, sous la lampe, entre les précédents ; (j)

8° d'0llivier Jegou de Kervilio (1694-1731), au droit du trône épiscopal, vers le centre ; (k)

9° de François-Hyacinthe de la Fruglaye (1731-1745), à côté de celui d'Olivier Jegou, vers le trône épiscopal ; (l)

10° de Guy Le Borgne de Kermorvan (1746-1761), à côté de Mgr de Kervilio, du côté de l'évangile. (m)

Toutes ces tombes, qui avaient d'ailleurs été picotées par les patriotes, furent rasées en avril 1826 pour l'établissement du parquet.

Celle de Mgr de la Fruglaye, transportée au manoir de Keranroux en Ploujean, se trouve encore dans la chapelle seigneuriale du côté de l'évangile. C'est une dalle de marbre noir, de 1m25 de long sur 1m de large, dont les morceaux brisés ont été rapprochés et recollés. Sur le bord, on peut lire l'inscription suivante : Franciscus-Jacinthus de la Fruglaye Kerver, episcopus et comes Trecorensis, obiit XXIV dec. 1745. Les armoiries et attributs épiscopaux qui l'ornaient ont été soigneusement martelés [Note : Outre ces précieux renseignements, M. Le Guennec a bien voulu nous communiquer le curieux portrait de Mgr de la Fruglaye tracé par le neveu de l'évêque, François-Gabriel de la Fruglaye, dans ses mémoires-olographes conservés à Keranroux. Bien qu'il n'ait qu'un rapport très indirect avec la présente étude, nous n'hésitons cependant pas à le publier en annexe, étant donné l'intérêt qu'il présente pour l'histoire des évêques de Tréguier et n'en ayant pas eu connaissance lors de notre précédente étude (v. annexe I)]. 

La tombe de Mgr Grangier fut sans doute transportée à cette époque dans la chapelle de l'évêché, où elle subsistait, aux dires de plusieurs personnes, lorsque cet édifice fut démoli. 

Nous allons étudier maintenant les chapelles du déambulatoire en commençant par la première du côté de l'évangile, chapelle ouverte également sur l'aile nord du transept (Note : Tous les titres que nous avons mis en oeuvre dans la suite de cette étude sont, à moins d'indications contraires, aux Archives des Côtes-du-Nord, aujourd'hui Côtes-d'Armor). 

 

I. — Chapelle (actuellement de l'Archiconfrérie)

Cette chapelle (II) était autrefois sous le vocable de Saint-Nicolas, comme il est facile de le déterminer, présentant les deux particularités d'être la plus proche de la sacristie et d'avoir été longtemps privée de verrière, celle qui l'éclairait ayant dû être maçonnée à la fin du XVème siècle lors de la construction de la librairie. 

Peu après l'achèvement de cette chapelle, à la fin du XIVème siècle, Denise, dame de la Rochejagu et épouse d'Henry de Troguindy y fut inhumée. Quelques années plus tard, par testament de 1418 qui rappelait cette sépulture, Catherine de Troguindy sa fille y fonda en l'honneur de Saint-Nicolas, une chapellenie assise sur ses biens en Penguenan et Plouguiel, biens dont le prisage n'eut lieu que dix ans plus tard, le 13 juin 1428, et qui furent « quittés de toutes dixmes » par le duc le 18 octobre 1429 (Note : Voir Archives des Côtes-d'Armor, dossier psallette de la cathédrale de Tréguier. Catherine de Troguindy, qui obtint du duc, en 1405, l'autorisation de construire le château actuel de la Rochejagu à l'emplacement d'un ancien « ruiné pendant la guerre d'Auray », laissa de son mariage avec Henry du Parc une fille et deux fils : Henry, époux de Catherine de Kersaliou, et Alain, époux de Guillemette de Tréal. Tous deux étant décédés sans hoirs directs, les terres de la Rochejagu et de Troguindy passèrent à leur nièce Sybille-Madeuc, épouse de Geffroy Péan sr. de Grandbois et fille aînée de Jeanne du Parc, première femme de Rolland Madeuc. Une chapellenie de 3 messes hebdomadaires en l'honneur de saint Nicolas avait déjà été fondée en 1293 par l'évêque Alain de Bruc, chapellenie assise sur le grenier de l'évêque et sur ses biens personnels en Trézény et Lamnérin. Elle est mentionnée dans le Raoulin). L'évêque Jean de Ploeuc, désirant fonder une psalette, demanda aux exécuteurs testamentaires d'Alain du Parc, sr. de la Rochejagu et fils de Catherine de Troguindy, d'appliquer les fruits de la chapellenie Saint-Nicolas à cette psalette ce qui lui fut accordé par acte du 18 janvier 1443. 

Plus tard, en 1470, le sr. de la Rochejagu autorisa la suppression de la verrière donnant sur le cloître, mais elle ne fut définitivement maçonnée qu'à la fin du XVème siècle. Les divers aveux rendus dans la suite par les d'Acigné, seigneurs de la Rochejagu, pour leur manoir, bachelerie et seigneurie de Troguindy n'ont garde d'omettre la chapelle de Saint-Nicolas en la cathédrale de Tréguier (Archives des Côtes-d'Armor : E 2170, Voir entre autres : aveu d'Honorat d'Acigné à Mgr Balthazar Grangier). 

Voyons maintenant quels enfeux s'y trouvaient. 

Le 14 avril 1482, Y. Kermarquer et G. Carou suppliaient Messieurs du chapitre d'avoir pierre tombale devant l'autel Saint-Nicolas, « depuis la portion ouest de l'autel devers la sacristie »

Le 22 septembre 1494, le même Yvon Kermarquer cédait à Pierre Lagadec sa tombe « au devant de la chapelle St-Nicolas, donnant d'une part à l'enterrement de Guillaume Caro et de deux bouts entre la dite et une fenêtre en laquelle fit autrefois Guille Caro mettre une vitre et aujourd'hui maçonnée du côté de la librairie neuve de l'église »

Quelques jours après, le 31 septembre 1494, Pierre Lagadec achetait d'Yvon Caro, fils de Guillaume, la tombe de son père ; enfin, le 26 décembre 1509, ce vénérable et discret chanoine obtenait un troisième enfeu en la chapelle Saint-Nicolas « en l'aile du côté de la sacristie, jouxte le lieu de sépulture de Geffroy Lagadec son oncle » avec droit d'asseoir une pierre et mettre ses nom et armes (Note : Le Lagadec, sr. de Kernabat : d'argent semé d'hermines et une quintefeuilles de gueules en abîme. Suivant un compte du chapitre, Geffroy de Lagadec était fils de Jean et petit-fils de Guille. Sa femme, Constance Bellec, était fille de Thomas et de Jeanne Cazlen, fille elle-même de Vincent Cazlen ; Thomas Bellec fils d'Alain. La fille et seule héritière de Jean Le Lagadec, fils de Geffroy, Françoise, dame de Kernabat, épousa Raoul de Kergnech, sr. du dit lieu). Pour cette tombe de Geffroy et une deuxième tombe devant une statue de l'Ecce Homo, dans la même chapelle, Jean Le Lagadec, fils de Geffroy, avait assigné, le 5 août 1508, 40 sols monnaie de rentes. 

Entre temps, le 7 décembre 1507, Jehan de Trolong, sr. de Kerhir, avait donné au chapitre 60 livres pour la pierre tombale sous laquelle fut inhumée Catherine de Trolong devant l'autel Saint-Nicolas (Note : Jean de Trolong, sr. de Kerhir, était fils de Pierre et de Peronnelle Arrel. Sa soeur Catherine, qu'il avait partagée le 1er août 1500, avait épousé Huon de Kerouallan). 

Quelques années plus tard, Claude Fleuriot demanda au chapitre la permission de décorer cette chapelle à ses frais ; et les chanoines, après examen de son projet, lui donnèrent approbation (Note : Claude Fleuriot, recteur de Brélévenez. Il mourut le 17 janvier 1518). 

Nous avons indiqué ailleurs qu'en 1626 Guy Champion, ayant envisagé d'y élire sépulture, la fit clore de balustres, clôture qui n'eut pas une longue durée. L'évêque et le chapitre, ayant en effet agréé, par acte du 16 avril 1635, l'intention de messire Michel Thepault (Note : Michel Thépault, sr. du Rumelin, baptisé à St-Mathieu de Morlaix, le 5 février 1593, était fils de Guy, sr. de Leinquelvez en Garlan et de Constance le Meur, fille de Maurice, sr. de Lesmoualch en Plounérin. Recteur de Pleumeur-Bodou, de 1614 à 1650, de Plouguasnou jusqu'en 1655, et chanoine de Tréguier, il testa le 1er septembre 1677 et mourut peu après. Outre la fondation de la confrérie du Rosaire pour laquelle il donna 112 livres 10 sols de rentes, il fit de très nombreux dons et fondations, entre autres, don de 240 livres le 23 juillet 1640, pour le nouvel autel du choeur ; don d'une image d'argent représentant la figure de la Vierge avec piédestal d'ébène, le 19 juillet 1641 ; décoration de la chapelle du Rosaire selon plans présentés au chapitre le 30 avril 1666 ; don de 17 sommes 2 boisseaux pour les réparations de la cathédrale et notamment pour la couverture ; enfin fondation du séminaire en 1674. Sur ce chanoine, voir Bourde de la Rogerie : Correspondance de la famille Thépault de Treffaleguen. S. A. Finistère, t. XXVI et tiré à part ; et, abbé Daniel : Discours prononcé dans la chapelle du petit Séminaire à Tréguier, le 26 octobre 1897 pour la translation des restes de messire Thépault de Rumelin. Saint-Brieuc, Prud'homme, 1897) de fonder à Tréguier la confrérie du Rosaire, lui avaient accordé l'autel « situé en la nef au-devant du choeur, contigu la porte d'entrée principale d'iceluy, du côté de l'épître, pourvu que le dit autel fut préalablement dédié en l'honneur de Dieu, de N.-D. du Rosaire et orné aux dépens de la frayrie ». Mais, le vendredi 2 octobre 1637, ce chanoine ayant remontré à ses confrères « l'incommodité de l'autel destiné à la confrérie qui ne pouvait recevoir les embellissements et décorations convenables », le chapitre décida le transfert de la fondation « sur l'autel en la chapelle Monsieur St-Nicolas, naguère close de balustres, proche le portail du cloître, plus commode pour ce » et de faire poser dans cette chapelle le tableau du Rosaire promis par le sieur Thépault. Il était également stipulé que la sépulture accordée à ce chanoine devant l'autel du Rosaire serait permutée avec un emplacement proche le marchepied de la chapelle Saint-Nicolas qui prit alors concurremment le vocable de chapelle de l'Archiconfrérie qu'elle porte encore au milieu du XXème siècle. 

Le 16 juin 1640, les chanoines approuvèrent le projet de tableau présenté par le sr. Thépault représentant « la bienheureuse Vierge avec les mystères de la Passion et ceux du Chapelet », et décidèrent de l'encastrer en un retable, exécuté d'ailleurs aux frais de la confrérie. Or, le sr. Thépault ayant promis un cadre et reçu en reconnaissance l'autorisation d'y apposer ses armes, cette concession demeurait sans effet, à la grande déconvenue du chanoine qui demanda à les placer sur le retable qu'il proposait en échange de faire peindre et étoffer à ses frais, ce qui lui fut accordé par acte du 14 juin 1656. 

Une quittance du 10 août 1657 montre que ce généreux donateur avait confié, moyennant 950 livres à honorables gens Jacques Alix, maître peintre, et Louise Daniel sa compagne ; le soin de blanchir, dorer et estoffer le retable et autel du Rosaire en la chapelle Saint-Nicolas et d'y faire poser le tableau du Rosaire.

Peu après, avant 1660, la confrérie fut transférée, nous ne savons au juste pour quelle cause, mais, semble-t-il, à la suite d'une intervention du seigneur de la Rochejagu de 1658, dans la chapelle de l'Ecce Homo, dite du Rosaire depuis cette époque, où elle subsiste aujourd'hui. 

Or, entre temps, le lundi 16 mai 1650, les chanoines avaient fait marché avec Pierre Méléart « pour réparer le pavé de l'église et du cloître, fournir les pierres et tablettes neuves nécessaires, les faire tirer et apporter par bateau de l'île Miliau », étant bien entendu qu'elles n'auraient pas moins de trois pouces d'épaisseur. L'adjudicataire s'obligeait à relever, redresser, retailler et mettre de niveau les vieilles tablettes et pierres tombales moyennant un sol par pied carré pour les tablettes neuves et six deniers pour les vieilles. 

Il commença par la chapelle Saint-Nicolas et en picota consciencieusement les tombes ; aussi, le 28 juin, Radegonde Pellaud, veuve de François Tuomelin, sr. du Parc-Lesquilly et Kervegant (Note : Tuomelin, sr. du Parc, porte : Ecartelé au I et IV d'azur à cinq billettes d'argent en sautoir, contrecartelé de gueules plein), remontra au chapitre qu'elle avait de temps immémorial, à cause de la seigneurie de Kervegant, deux enfeux en la dite chapelle, au-dessous d'une fenêtre à la place de vitre maçonnée, dont on venait de supprimer les armes (Lagadec), et elle demandait au chantre René de Rosmar de les faire rétablir. 

La maçonnerie de la vitre étant tombée sur ces entrefaites, et tout service devenant impossible, les chanoines s'adressèrent au sr. de la Rochejagu qui rétablit la verrière en 1658. 

Plusieurs actes viennent montrer qu'à cette époque la chapelle Saint-Nicolas était aussi désignée fréquemment sous le vocable de N.-D. du Folgoët, entre autres le suivant : Le mardi 5 janvier 1649, il fut délibéré en chapitre, l'évêque présent, que chacun de ces Messieurs pourrait choisir une chapelle de la cathédrale, la faire clore de balustres, l'orner et la décorer à ses frais, sans pouvoir toutefois apposer aucunes armes fixes en pierre, bois ou vitres, ni prétendre aucune propriété de cette chapelle pour ses successeurs en son bénéfice ou ses héritiers. Il était ajouté néanmoins que « chacun des dits sieurs pourra mettre telles armes qu'il voudra aux socles des tableaux, parements d'autels et autres ornements amovibles dont il ornera la dite chapelle qui, d'autre part, aura deux clefs, l'une pour celuy qui l'aura fait orner, l'autre en les mains du sous sacriste pour qu'il puisse en faire l'ouverture les jours de fête et dimanche durant la procession et la grand'messe »

Trois membres du chapitre seulement profitèrent de cette autorisation : l'évêque qui choisit la chapelle de N.-D. de Délivrance au bout du choeur ; le scholastique (Pierre Fanoys) qui avait déjà sollicité antérieurement cette autorisation pour la chapelle Sainte-Anne, enfin le Sr. de Trogoff (Guilaume de Trogoff, sr. de Ponteves) qui s'engagea à orner la chapelle de N.-D. du Folgoët « la plus proche de la sacrystie » (Note : Guillaume de Trogoff, sr. de Ponteves et archidiacre de Tréguier. Il mourut le 25 novembre 1651 et fut remplacé dans son canonicat, le 15 janvier 1652, par messire Pierre Hennouyer du diocèse de Paris). 

Le 2 octobre 1652, Aliette de Trogoff, dame de Ponteves, fondait à son tour une altarystie de deux messes par semaine, l'une chaque jeudi sur l'autel du duc, l'autre chaque lundi sur l'autel de N.-D. du Folgoët. 

Ce dernier vocable permet d'identifier d'autres prééminenciers de la chapelle. 

En effet, en 1627, Louis de Coatallio sr. de Kerprigent indiquait que son manoir de Kerprigent avait prééminences en la chapelle appelée N.-D. du Folgoët en la cathédrale de Tréguier et qu'il y avait tombe, labbe et armes en pierre de taille. Il autorisait Jean Lagot sr. de Penrun, son allié, à graver son nom sur l'une des deux pierres tombales au pied de l'autel. 

Enfin, le 26 avril 1785, Dlle Louise-Célestine-Jeanne de Goyon, ayant acquis Kerprigent de messire Gabriel-Marie de Kermel, prit possession de ses nouvelles prééminences. Le procès-verbal rédigé à cette occasion mentionne : « Entrés de compagnie en l'Eglise cathédrale de Tréguier où la dite dame a pris possession d'une chapelle avec une grande vitre, à vis et répondant sur le cloître, deux piliers de taille faisant la clôture d'icelle armoyés en bosse des armes anciennes de la maison de Kerprigent y estant. Sous la vitre, une voûte de taille en forme d'arc avec une tombe enclavée dans la dite voûte et deux pierres tombales dans la même chapelle ainsi que la disposition entière de toutes les tablettes étant dans l'étendue du plat d'icelle ».

Malgré ces prétentions, notoirement exagérées si on les compare à l'aveu de 1627, il n'y eut aucune opposition à cette prise de possession, pas même des seigneurs de la Rochejagu. Les archives du chapitre mentionnent encore, devant l'autel Saint-Nicolas, la tombe de Louis Le Borgne, prêtre ; à l'entrée de la chapelle, la tombe de messire Michel Sévin, chanoine ; entre le choeur et la chapelle, la tombe de Rolland Le Bris et de sa femme Jeanne Allain qu'ils avaient obtenue le 23 janvier 1486 ; puis, également dans le déambulatoire et au droit de la chapelle, une tombe portant le nom de Raymond Le Gras, concédée le 9 septembre 1519 à Jean de la Forest avec permission d'y apposer ses armes. Enfin, entre les deux piliers du choeur, vis-à-vis de la chapelle, dans la clôture que nous avons mentionnée plus haut, se trouvait l'arche et la sépulture qu'avait fait édifier le chanoine Rolland Quemper (Nota : Rolland Quemper, chanoine de Tréguier et en même temps recteur de Plougonver, était fils d'Alain Quemper et de Ticphaine Le Glas, héritière de Kerdroniou. Il mourut en 1514 et fut remplacé, de 15 décembre de cette dernière année, dans son canonicat, par son parent Gille Quemper. Ce dernier fit fondation à son tout d'un anniversaire le 12 février 1565). 

Actuellement le piedroit gauche de la labbe (4) de la chapelle de l'archiconfrérie est orné d'un écusson rendu frustre par le consciencieux martelage des patriotes. De Barthélemy et Guimart ont cru cependant y reconnaître un mi-parti à senestre chargé de sept étoiles, à dextre de neuf mouchetures d'hermines ; mais, d'après ce qui précède, il faut y voir les armes anciennes de la seigneurie de Kerprigent au Minihy-Tréguier (Keroualan) : d'azur à dix étoiles d'argent 4. 3. 2. 1. (alias six molettes). 

A la clef de voûte, un écusson (5) porte d'argent à 7 molettes de sable, blason inconnu. De Courcy, comme Chardin, ayant lu dans les actes que la chapelle Saint-Jean l'évangéliste était située près de la porte du choeur, côté de l'évangile, et ne songeant qu'à la porte principale actuelle, ont confondu cette dernière chapelle avec celle de Saint-Nicolas. Ils en ont donc conclu que la labbe ne pouvait être que celle du chanoine Jean Jehannin ; et, un peu inconsidérément, Courcy lui a attribué les armes de la clef de voûte. Or, ces armoiries sont on ne peu plus suspectes. D'une part, en effet,. les clefs de voûtes ont été reblasonnées à plusieurs reprises et notamment au XIXème siècle, lors de la restauration de la cathédrale, avec une fantaisie déconcertante, comme on en a la preuve indiscutable pour quelques-unes ; et, d'autre part, si l'on examine attentivement la clef de voûte en question, l'on voit, malgré le martelage, que les molettes actuelles ne paraissent pas correspondre aux meubles anciens du blason. Etaient-ce les annelets de Troguindy, comme probable ? il serait toutefois téméraire de l'affirmer. 

Dans la travée voisine du déambulatoire, la clef de voûte (6) porte de gueules au lion d'argent tourné à dextre, avec une crosse d'or en pal, armes que Chardin a attribuées à l'évêque Hugues de Coettredrez). Or, si l'on examine attentivement ces armes dont le lion à dextre est caractéristique, l'on voit qu'elles sont identiques comme exécution à celles de la clef de voûte de la seconde travée du choeur : d'argent au lion de gueules tourné à dextre avec une crosse d'or en pal, armes de l'évêque Pierre Morelli. Il n'y a donc aucun doute, à notre avis, qu'il n'y ait eu erreur de blason lors de la restauration et que la clef de voûte du déambulatoire datant de la fin du XIVème siècle, et en tout cas antérieure à 1418, ne soit aux armes de ce dernier évêque (Note : Alors que les anciens catalogues des évêques de Tréguier ne mentionnent aucun évêque de Coettredrez, Guy Le Borgne, le premier, indique dans son armorial, sans aucun détail d'ailleurs, qu'il y eut un évêque de cette maison. De Barthelemy et Guimart lui donnent un prénom : Hugues, et l'indiquent successeur de Jean de Coetquis. Chardin et Pol de Courcy, confirmant ce prénom, datent la mort de cet évêque de 1468. Chardin, d'autre part, à l'appui de sa thèse a représenté sur la clef de voûte absolument semblable de la travée correspondante du déambulatoire sud un lion à senestre et l'a couronné par surplus, contrairement le la réalité. D'autres auteurs enfin. reproduisant ces indications ajoutent qu'il fut élevé au cardinalat par Paul II. Bien que nous soyons ainsi pleinement renseignée, semble-t-il, sur Hugues de Coettredrez, nous avons acquis, quant à nous, la certitude qu'il n'avait jamais existé. Les titres du chapitre et les registres du Vatican, outre qu'ils ne mentionnent aucun cardinal ou évêque de ce nom, indiquent en effet que Christophe du Chastel, nommé coadjuteur de Jean de Coetquis le 28 décembre 1463, fut élevé par bulles du 7 janvier 1465 à l'épiscopat de Tréguier, siège qu'il occupa jusqu'à sa mort survenue le 9 décembre 1479. Il succédait ainsi immédiatement à Jean de Coetquis. Un des registres des fondations de la cathédrale de Tréguier, conservé aux archives des Côtes-du-Nord, aujourd'hui Côtes-d'Armor (titres non classés), mentionnant la fondation de Christophe du Chastel dit de Coettredrez, vient confirmer ce que nous avons avancé et montrer que le légendaire Hugues de Coettredrez doit donc être confondu avec Christophe du Chastel). 

II. — Chapelle (actuellement chapelle Sainte-Anne)

Elle n'a jamais changé de vocable (III). Par acte capitulaire du 25 août 1483, le chapitre permettait au seigneur Rolland de Troguindy, chanoine et lecteur de Ploubezre et de Pleudaniel (Note : Rolland de Troguindy, fils d'Henry et de Marie du Quellenec, paya son droit de chape en 1470), de décorer à nouveau cette chapelle et d'y édifier une tombe élevée ; et, par autre acte du 30 janvier 1491, lui accordait gracieusement un autre enfeu, « devant l'aultier et jouxte la tombe de noble écuyer Jehan de Troguindy » (Note : Jean de Troguindy, époux de N. de Kerbouric), en considération des dons qu'il avait fait à la cathédrale et des libéralités de ses père et mère Henry de Troguindy et Marie du Quelenec (ou Quellenec). 

Cette dernière délibération accordait en outre à autre écuyer Jehan de Troguindy, sr. de Launay et du Quellenec, un autre lieu de sépulture en la dite chapelle, proche celui de messire Rolland son frère, moyennent 25 sols de rentes (Note : Ce Jean de Troguindy, frère de Rolland, avait épousé, par contrat du 8 juin 1447, Jeanne de Kerloaguen, fille de Morice, d'où plusieurs enfants dont autre Jean, époux : 1° de Marguerite Le Long, de Kernegues, 2° Catherine de Kerouzéré. Du 1er lit, entre autres, Jean, époux de Jeanne Clisson, dont la fille et unique héritière Jeanne de Troguindy épousa, par contrat du 30 juin 1508, Jean de Quelen, baron du Vieux-Chastel - Bibliothèque nationale, Cabinet d'Hozier, 282, dossier Quelen). 

Le 29 mars de cette même année 1491, il fut également concédé une tombe dans cette chapelle à Mathieu an Rocher. 

Christophe de Troguindy, qui avait été pourvu, le 11 janvier 1497, du canonicat de son parent Rolland, décédé quelques jours plus tôt, fut inhumé également dans la chapelle Sainte-Anne ainsi qu'Olivier de Troguindy, aussi chanoine, décédé en Juillet 1513 (Note : Le testament d'Olivier de Troquindy, chanoine, qui avait fondé un anniversaire sur l'autel de la chapelle Sainte-Anne, fut déposé au chapitre le 8 août 1513 par son héritier principal et noble Jean de Quelen. Il fut remplacé au chapitre le 29 juillet 1513 par Jacques de Begaignon). Plus tard, le 5 août 1596, Anne de Botloy, douairière du Val et propriétaire du Bislo, fit fondation d'un anniversaire sur l'autel Sainte-Anne moyennant 6 l., 13 s., 6 d. 

Enfin, le 8 mai 1612, les chanoines concédèrent à leur collègue Mathurin L'Hostis un emplacement de sept pieds carrés, coupé en deux par le balustre de la chapelle Sainte-Anne et « touchant à la tombe où l'on tient avoir été inhumés les chanoines de la maison de Troguindy », emplacement dont Mathurin L'Hostis donna immédiatement la moitié à Jean Le Bigot, sr. de Beauchesne. Le fils de celui-ci, autre Jean Le Bigot, sr du Pouilladou et Pouriaven, fit fondation d'un anniversaire à chaque 29 août, fête de la décollation de saint Jean-Baptiste, et obtint un enfeu au bout de celui de son père, par acte du 20 juillet 1649 (Note : Nous avons relaté ailleurs la lutte du trésorier L'Hostis et de l'évêque Guy Champion. Mathurin L'Hostis avait fait fondation d'une messe à notes tous les mercredis au choeur de la cathédrale. Le 19 septembre 1659, le chapitre, considérant que cette fondation ne laissait que 2 s. 1 d. par résidence, la réduisit à une messe chaque second mercredi du mois). Le mardi 16 août 1650, à six heures du matin, le dit sr. du Pouilladou et ses frères voulurent inhumer le corps de leur mère Françoise du Val, décédée la veille, sous la pierre tombale de Mathurin L'Hostis, pierre portant le nom de ce chanoine et armoyée d'un calice. Les chanoines s'y opposèrent tout d'abord ; puis, étant donné la chaleur et la crainte de décomposition du cadavre, ils donnèrent leur autorisation temporaire. 

Entre temps, le 19 novembre 1640, Pierre Fanois, scholastique, « ayant communiqué à Messieurs du Chapitre l'intention qu'il avait de faire travailler des premiers jours à la décoration de la chapelle Ste-Anne et d'y faire faire un devant d'autel de marbre et de tuffeau, conformément au dessin qu'il en avait fait tracer par Me Tugdual Caris, architecte », le chapitre l'approuva mais spécifia qu'il ne pourrait prétendre qu'à l'apposition de ses armes en haut du dit dessin, sans aucun droit dans la chapelle (Note : Les armes parlantes des Fanoys, un faon et une oie, se voient encore au milieu du XIXème siècle sous le porche de l'église de Pommerit-le-Vicomte en alliance avec de la Gréve ; armes de Louise Fanoys et de Michel de la Gréve, sieur et dame de Keruzoal). A cette occasion, Jean de Lannion, sr. des Aubrays, protesta contre ces innovations, qui, prétendait-il, portaient atteintes aux droits qu'il avait comme héritier des Launay-Troguindy. Les chanoines lui répondirent que leur autorisation de laisser décorer la chapelle était légitime et qu'il était bien convenu que Pierre Fanoys n'avait aucun droit prééminencier. 

Tout près de la chapelle étaient d'autres tombes : touchant l'emplacement donné à Mathurin L'Hostis, dans le déambulatoire, était la tombe de messire Christophe de Keraudren, chantre de Tréguier, recteur de Ploemeur-Bodou et de Pleubian, décédé le 10 janvier 1505 (Note : De Keraudren porte d'azur à 3 pommes de pin d'argent 2 et 1. A Christophe de Keraudren succéda, le 23 mai 1506, Louis de Kergoet, puis autre Christophe de Keraudren, neveu du premier, le 1er janvier 1507). A côté se trouvait l'enfeu d'autre Christophe de Keraudren, neveu du précédent, concédé par le chapitre le 18 mars 1520 (Note : Pour cet enfeu et la fondation d'une messe annuelle le jour de saint Yves, Christophe de Kenudren léguait au chapitre 210 livres. pour acquérir 10 livres 10 sols monnaie de rentes et en outre les jardins et mazières appelés vulgairement la petite chanterye, annexés au grand jardin et à la maison de la chanterye). Au milieu du déambulatoire, au droit de la chapelle, était la tombe de Dlle Anne de Launay « écrite tout à l'entour »

Enfin, dans la clôture du choeur, face à la chapelle Sainte-Anne, était l'arcade de messire Nicolas de Trogoff qu'il avait obtenue de ses collègues, le 11 octobre 1596, moyennant 30 écus soleil. Le même jour, ce chanoine avait fondé une messe à notes chaque samedi sur l'autel Sainte-Anne, chapellenie dotée de six vingt écus soleil et répondue par les enfants de la psallette. 

Mentionnons également sur cet autel, la fondation de Claudine du Halegouet, dame de Keriel. 

cathédrale de tréguier

Actuellement, la chapelle Sainte-Anne renferme encore plusieurs tombes armoriées. Tout d'abord l'écu de la labbe (7), quoique très effacé, porte un franc canton visible et traces de pièces qui permettent d'affirmer que ce sont bien là les armes de Troguindy ; de gueules à neufs annelets d'argent en franc canton d'or

Tout près de cet enfeu, une tombe (8) représente un chevalier en armure de la fin du XIVème siècle. Les armes de Troguindy et de Kerbouric qui sont à ses pieds montrent que c'est là le tombeau de Jean de Troguindy, sr. de Launay, et époux, suivant Le Borgne, de la fille de Thomas de Kerbouric. Il fut le père de messire Henry de Troguindy époux de Jeanne de Keraliou, grand-père d'autre Henry époux de Margelie du Perrier et arrière-grand-père d'Henry époux de Marie du Quelennec dont nous avons vu mentionner les bienfaits (fig. 4). 

Sous le balustre est une tombe (9) portant un écu mi-parti : au 1er de Begaignon, au 2ème du Parc Locmaria, tombe d'Olivier de Begaignon, fils de Bertrand et Françoise Loz, et de Nouelle du Parc, sa femme, fille de Claude, sr. de Locmaria, et de Marie de Kerguezay sa troisième femme (fig. 5). Cette tombe qui était autrefois dans la chapelle Saint-Jean l'évangéliste a été transportée là lors de la réfection du pavage. A côté se trouve un débris de tombe illisible (10).

 

La clef de voûte (11) porte de sable a trois épées d'argent en pal, les gardes garnies d'or, avec crosse d'or en pal. Sont-ce là les armes parlantes de l'évêque Huges Lestoquer, ou celles également inconnues de Mathieu alias Mace Roder ? il est impossible de se prononcer, les évêques ayant d'ailleurs souvent pris, à cette époque, les armes de leur mère. Comme l'a indiqué Pol de Courcy, ces armes pourraient fort bien être celles de la maison Kermarquer-Kercabin [Note : Chardin suit de Courcy, mais confond Kermarquer-Kercabin avec Kermarquer-Arrel (écartelé d'argent et d'azur) et c'est là pour lui l'occasion de raconter plusieurs anecdotes sur les Arrel et les d'Acigné, notamment un procès de prééminences du début du XVème entre les Arrel et les du Parc en la chapelle Saint-Nicolas de la Cathédrale. Malheureusement, ce procès, dont il ne cite d'ailleurs la référence mais qu'il est aisé de retrouver aux archives Côtes-d'Armor. sous la cote E. 2117, ne se rapporte nullement à la cathédrale, et pour cause, puisque les Arrel n'y possédaient aucune prééminence. L'an 1504, Amaury du Parc ayant brisé les armes de Kermarquer en l'église N.-D. de Coatcolvezou, il s'ensuivit un procès avec Jean Levesque et Marie Arrel sa femme, sieur et dame de Kermarquer. Toutes les prééminences des Arrel y sont soigneusement mentionnées et notamment celles qu'ils possédaient à Tréguier en l'église N.-D. de Coatcolvezou et en la chapelle Saint-Lorans des Cordeliers. Une chapelle Saint-Nicolas figure bien sur la liste de leurs prééminences, mais dans l'église de Plœmeur-Gautier. Le Raoulin mentionne d'ailleurs les fondations faites par Geffroy Arrel et Olivier Arrel son petit-fils en l'honneur de saint Jean-Baptiste en l'église N.-D. de Coatcolvezou aujourd'hui détruite]. La travée adjacente du déambulatoire ne porte pas de clef de voûte armoriée.

 

III - Chapelle (aujourd'hui du Mont-Carmel)

cathédrale de tréguier

Cette chapelle (IV) était primitivement sous le vocable de Saint-Jérôme. L'acte capitulaire de 1483 par lequel Rolland de Troguindy obtenait droit d'enfeu dans la chapelle Sainte-Anne, accordait en effet au chanoine Maurice Estienne une tombe en la chapelle Saint-Jérôme, la plus proche de la chapelle Sainte-Anne vers le chevet, où était inhumée, disait-on, une soeur de l'évêque Mathieu Roder : « Et Mauricio Stephani tumbam lapidem existentem circa proximam superiorem capellam ejusdem capellae Beatae Annae, nuncupatam capellam Beati Hieronimi, sub que dicitur alias inhumatum fuisset cadaver ejusdem sororis quondam bonae memoriae Domini Mathei Roder episcopi Trecorensi cum potestate illam aperire ac de novo aedificari circa easdem capellam et tumbam »

Le 27 juin 1491, ce Maurice Estienne fit fondation de deux anniversaires dotés de 100 sols monnaie de rentes (Note : Maurice Estienne paya son droit de chape en 1470 comme Rolland de Troguindy et Yves de Kermel). Un peu plus tard, cette chapelle fut appelée chapelle de Brelidy à cause d'une chapellenie de six messes par semaine fondée le dernier jour de mai 1502, « aux jardins de Brelidy », par Messire Rolland de Rostrenen, sr. de Brelidy et Troguery en cette chapelle où il voulait être inhumé « au côté du choeur, vers le cloître, en la vitre de laquelle sont les armes et écussons de Tresiguindy, savoir trois pommes de pin de gueules à une fasce d'argent et un homme d'armes au-dessus », la dite, fondation, dotée de 30 livres de rentes [Note : Par testament du 30 août 1399, Maurice de Trésiguidy, chambellan et conseiller du Roy, en considération de sa dévotion pour saint Yves fondait en le chapelle St-Yves de Paris, où il désirait être inhumé, une chapellenie en l'honneur de Notre-Dame et de saint Maurice. Il demandait également dix mille messes de Requiem en France et en Bretagne pour la rémission de ses péchés, ce qui explique la fondation faite en la cathédrale de Tréguier (V. Archives nationionales, L. 714)]. 

Par acte du 19 décembre 1504, Jacques du Parc, sire de Lezversault, héritier du sr. de Brelidy, s'engageait envers Jean Loz, procureur de la fabrique, à payer les fondations précitées en réduisant cependant le nombre des messes et la valeur de la redevance. Ses armes : d'argent à trois jumelles de gueules, en alliance avec celles de sa femme Peronnelle de Lezversault, se voyaient encore en 1749 au premier jour de la vitre de cette chapelle [Note : Les armes de Jean du Parc et de sa femme Peronnelle de Lezversault voyaient sur de nombreux monuments des Côtes-d'Armor et en particulier sur l'ancienne verrière, de la chapelle Saint-Antoine de Tressignaux où, parmi cinq écussons l'un, mi-parti, portait au I coupé du Parc et Coetgourheden, au II Lezversault, et un second écartelé du Parc et Rostrenen (Archives des Côtes-d'Armor, E. 2491)]. 

Enfin, dans le courant du XVIème siècle, la chapelle Saint-Jérôme est également désignée sous le vocable de N-D. de Lyesse ou N.-D. de Bonnes nouvelles : « chapelle de N.-D. de bonnes-nouvelles, vis-à-vis la porte du choeur devers le cloître, où est inhumé messire Rolland de Rostrenen »

Le compte de 1533-1534 mentionne la concession d'une tombe devant la chapelle de N.-D, de Lyesse à Yvon Nicol et Ysabeau Aliou sa femme qui fondèrent un anniversaire en cette chapelle le 2 avril 1546. 

Le 28 mars 1645, François de Quermel promettait au chapitre de l'indemniser pour la sépulture de la deffunte douairière de Kermesen sa mère en la tombe appartenant à Jean Nicol devant la chapelle de N.-D. de Bonnes Nouvelles. 

Le 11 janvier 1568, il était concédé à Gilles de Launay une pierre tombale joignant d'un endroit à la pierre des héritiers de feu Yves Nicol et d'autre endroit du côté de l'évangile du choeur.

cathédrale de tréguier

L'année suivante, Gilles Le Bris obtint également non loin de là une tombe rappelée dans une requête de messire 0llivier de Coetmen et Catherine de Launay sa femme. La dite dame exposait que, par succession directe de deffunte Marie Le Bris son ayeule, elle possédait deux enfeux en la cathédrale armoyés des armes pleines des Le Bris avec les noms gravés, l'une des tombes aboutissant à un pilier de la chapelle Sainte-Anne et tirant sur la chapelle de Bonnes nouvelles avec ces mots : « Cette tombe appartient à Gille et Ozette les Bris, héritiers feu Hervé le Bris et en chiffres 1569, pierre armoyée d'un écusson partant un chesne ». Les sr. et dame de Coatmen demandaient d'y apposer leurs armes pour marquer leur droit prohibitif. 

Enfin, vis-à-vis de la chapelle Saint-Jérôme, entre les deux piliers du chœur et près de la porte, était l'arche et sépulture de messire Jehan Jehannin, archidiacre de Tréguier, qui lui avait été concédée à l'unanimité du chapitre, le 3 avril 1513. 

Actuellement, la chapelle du Mont-Carmel ne possède pas de labbe et sa clef de voûte n'est pas armoriée. Son dallage renferme une belle tombe (12) portant cinq écus en bannière : En haut et à gauche, une croix engreslée ; en haut et à droite trois fasces nouées accompagnées de dix merlettes 4. 3. 2 et 1 ; au centre, un arbre accosté de deux fleurs de lys : Budes ; en bas et gauche mi-partie au (I) d'un arbre chargé de fruits et sommé de deux pies, au (II) d'un chevron accompagné de trois quinte­feuilles ; en bas et à droite mi-partie au (I) comme le précédent et au (II) 3 annelets (fig. 6). Nous n'avons pu identifier avec certitude à quel membre de la maison Budes appartenait cette tombe, que Chardin a attribué avec vraisemblance à Jean de Budes, sieur de Quatrevaux, époux de Marie du Houlle et second fils de Jacques, sr. du Tertre-Jouan, et d'Anne de Callac. 

Sous le balustre, l'on voit deux débris de tombes canoniales du XVème siècle. Sur celle de droite (15) nous avons pu lire « recteur de Ploedaniel ». C'est là sans doute un morceau de la tombe de Rolland de Troguindy, recteur de Ploubezre et de Pleudaniel, transportée de la chapelle Sainte-Anne, lors de la réfection du pavage. L'autre est celle d'un chanoine recteur de Locmichael, semble-t-il (13). 

La travée voisine du déambulatoire porte à sa clef de voûte (16) les mêmes armes (11) que la clef de la chapelle Sainte-Anne : de sable à 3 épées d'argent en pal, la pointe en bas, les gardes garnies d'or, une crosse d'or en pal

 

IV-Chapelle (actuellement de Saint-Joseph) 

Elle était autrefois sous le vocable de Saint-Jean l'évangéliste (V), comme le montre l'acte du 25 août 1483 accordant cette chapelle au chanoine Jehan Jehannin, acte indiquant qu'elle était la plus proche de la chapelle Saint-Jérôme vers la partie supérieure du choeur. 

Le testament de ce chanoine, en même temps recteur de Louargat, daté du 20 mai 1488 et son codicille du 31 octobre 1490 indiquent son désir d'être inhumé « au costé du grand autel du choeur, en la chapelle Saint-Jean l'évangéliste devers le cloître » et viennent ainsi confirmer le vocable et la situation de la chapelle.

Il fondait, par cet acte, l'office de la Visitation de la Vierge « à être célébré en double » et dotait cette fondation de 13O livres, pour acquérir 6 livres 10 sols de rentes. Il y ajoutait 50 livres pour la célébration d'un anniversaire sur sa tombe le lendemain de cette fête ; et léguait enfin à la fabrique sept vingt livres pour acquérir des rentes servant à l'acquisition du vin des messes. Ce généreux chanoine mourut en 1491 et nous avons vu plus haut que l'un de ses parents portant le même prénom devint plus tard archidiacre de Tréguier.

Antérieurement, par acte du 20 août 1449, deux obits avaient été fondés par Constance Estienne sur l'autel Saint-Jean l'évangéliste les 6 mars et 25 décembre de chaque année, fondation dotée de 57 sols monnaie. 

Le 5 septembre 1495, J. Le Leizour, chanoine (Note : Le Leizour : de gueules à trois coquilles d'argent 2 et 1 et un croissant de même en abîme. Ce chanoine mourut en 1499 et fut remplacé au chapitre le 30 mars par François Hamon du diocèse de Nantes), y fondait à son tour un anniversaire, fondation pour laquelle il laissait 300 livres pour l'acquisition de 30 livres de rentes. 

Par acte du 12 janvier 1511, messire Péan du Tertre, procureur de la fabrique, cédait avec le consentement du chapitre à Olivier Begaignon sr. du Rumen et à Yves Begaignon son frère « quatre enfeux prohibitifs pour eux et leurs hoirs, en la chapelle Saint-Jean l'évangéliste, en l'aile et droit le grand aultier et choeur de la dite église, du costé vers le nord, depuis l'arc en voûte y estant sous la vitre, y compris la voûte, jusqu'à l'enfeu de Jean Jehannin ». Ils étaient autorisés à « mettre et assoir quatre pierres tombales sculptées de leurs nom et armes, réédifier la voûte et l'armoyer de la façon qu'il leur plaira, mettre en la dite chapelle un banc à dossier avec un accoudoir de la façon que sont ceux de la chapelle Sainte-Anne, mettre quatre écussons de leurs armes ou autres telles qu'il leur plaira aux quatre arches de la vitre au-dessous des armes qui y sont à présent, le tout moyennant 4 livres de rentes ». Un anniversaire était célébré sur l'autel tous les cinq août pour Prigent Begaignon et Marie Menou sa femme (Note : Prigent Begaignon, sr. du Rumen, était fils de Guyon et de Jeanne de Troguindy, fille elle-même d'Henry et de Marie du Quelenec, et petit-fils de Jean Begaignon et de Jeanne Rouzault. Sa femme, Marie Menou, était fille de Jean, sr. de Kertheval, fils de Guillaume et de Marie le Mignot sa première femme, fille elle-même de Jean Le Mignot et Marguerite Le Moal. Ils eurent entre autres enfants Olivier Begaignon, époux de Marguerite de Plusquellec et Yves, mentionnés dans l'acte de de 1511. En 1525, Olivier Begaignon fut confirmé dans ce droit d'enfeu. A cette époque, messires Jacques et Geffroy Begaignon étaient chanoines de Tréguier). 

Le 10 avril 1634, messire René Clech, recteur de Langoat et vicaire de la chapellenie Sainte-Catherine de la cathédrale, fonda en cette chapelle une messe hebdomadaire chaque samedi en l'honneur de Saint-Yves le Pauvre, fondation dotée de 18 livres de rentes. Un tableau ancien des fondations, relatant cette altarystie, indique qu'en souvenir de celle-ci, l'image de Saint-Yves le Pauvre fut longtemps dans la chapelle de Saint-Jean l'évangéliste avant que la confrérie de Saint-Joseph n'y fut érigée (Note : Les comptes du chapitre de 1497 mentionnent d'ailleurs 15 deniers pour avoir mis "une boete devant l'ymaige" de Monseigneur Saint Yves de nouveau à la chapelle St-Jean). 

Cette dernière, ainsi que nous le verrons plus loin, ne fut fondée qu'en 1688 ; mais, dès le 28 mai 1648, nobles et discrets messire Pierre Fanoys sr. du Pouillat, scholastique, et Yves Guimarch, chanoines et députés du chapitre, concédaient à honorables gens Nicolas le Diagon architecte et maître fabricateur es navires, Jacques Le Corre et Guillaume Le Garlot maîtres menuisiers, François Le Guen maître charpentier, tous bourgeois de Tréguier, la permission de fermer, clore et embellir la chapelle qui est dans la cathédrale « proche du chœur du côté de l'évangile et dans laquelle est l'image de Monsieur Saint-Jean », à leur propre compte en communiquant leur projet au chapitre. Il leur était accordé le droit de faire en la chapelle prières et oraisons en l'honneur de Dieu, de Monsieur Saint-Joseph et de mettre « un tableau en peinture de mon dict sieur Sainct Joseph ou son image en bosse », mais il était toutefois stipulé que « demeurera aussi en la chapelle la dite image de Saint-Jean à côté ou au-dessus de l'autel qu'ils embelliront et feront en pareil peindre » [Note : Ce tableau représentant saint Jean trouva asile pendant la révolution à la mairie ou, comme l'on disait alors, à la municipalité de Tréguier, ainsi que vient le montrer la lettre suivante, du 7 vendémiaire an IV, adressée par les administrateurs du directoire du district de Lannion (Archives des Côtes-d'Armor, série Q., Ier origine, district de Lannion) :  Citoyens, Nous sommes informés qu'il existe dans votre municipalité un tableau représentant l'image de saint Jean. Ce tableau est réclamé par les citoyens de Tréguier, pour être placé dans la chapelle de la ci-devant cathédrale dédiée à saint Jean, en conséquence nous vous autorisons à le délivrer pour cet usage.  Salut et Fraternité. Signé : Deminiac]. Enfin, ils étaient autorisés à clore la chapelle avec une clef et clavure, une clef restant dans la sacristie et l'autre chez le sr. le Diagon ; mais il était stipulé que tous ces maîtres ne pourraient prétendre aucun droit prohibitif ou prérogatives dans cette chapelle, le chapitre se réservant d'ailleurs d'annuler le cas échéant l'autorisation précitée. 

Les travaux devaient être finis en un an, ils duraient encore vingt-quatre ans plus tard ; et, le 29 avril 1672, Jacques Le Corre, survivant seul, demandait aux chanoines d'autoriser maître Yves le Bonniec, maître sculpteur, Pierre Logier, charpentier, et Jean Jacques, menuisier, « à continuer avec lui le soin de la décoration et conduite de la dite chapelle St-Joseph »

Seize ans après, le 22 juillet 1688, Yves Corlay le vieil, gouverneur de la chapelle du glorieux Saint-Joseph en l'église cathédrale de Tréguier, François Ropertz, François Corlay, Yves Corlay le jeune, maîtres sculpteurs ; Jean le Petit, 0llivier Audren, en son nom et faisant pour Michel et Adrien Audren ses enfants, Mathurin Audren, Tugdual Donné, Toussaint Le Lièvre, François Le Gall, Yves Ropertz, Yves Huel, Charles Cosdie, tous maîtres sculpteurs, menuisiers et charpentiers ; et Louis Kerlevezou, Jean Denis, Michel Jouhan et François Joannes, tous compagnons menuisiers et charpentiers, érigeaient et fondaient une pieuse et dévote confrérie dédiée à M. Saint-Joseph en la cathédrale de Tréguier, confrérie dont les curieux statuts nous ont été conservés [Note : Ces statuts conservés aux archives des Côtes d'Armor (fonds Tréguier, titres non classés) ont été publiés : Tempier — Revus des archives historiques des Côtes-du-Nord, 1885 ; n° 5 et 6]. 

Ils n'avaient pour cela aucunes prééminences dans la chapelle ; et, à la fin du XVIIème siècle, les seigneurs de Pouldouran indiquaient dans leurs aveux qu'ils possédaient « bancs, enfeux et armoiries en l'église cathédrale de Tréguier, et même, suivant les titres, la chapelle Saint-Joseph joignant le choeur de la dite église du côté de l'évangile » (Archives des Côtes-d'Armor, E 2843).

Le 7 août 1648, Jean Tournemouche, sr. de Keraudy, archidiacre et chantre de Tréguier, fondait un anniversaire, chaque second samedi de juillet, avec prières sur la tombe qui lui était concédée, « proche et à demy pied du pilier faisant le bas de l'arcade de la porte du choeur, vers le cloître, à côté de l'évangile, vis-à-vis de la chapelle Saint-Jean l'évangéliste » (Note : Suivant les registres des fondations, cette tombe portait les armes de l'archidiacre : d'argent semé d'abeilles de sable à une niche de même en abîme façonnée d'or, avec la devise « plus mellis quam mellis ». Jean Tournemouche légua tous ses ornements à la fabrique et eut pour exécuteur testamentaire Pierre de Bourgblanc, sr. de Guermel. Il avait égaiement fondé une messe quotidienne pour le repos de son âme et de celle de ses père et mère en la chapelle du château de Trogriffon en Henvic, trève de Taulé). 

Rappelons que cette porte avait été construite aux frais de Guillaume de Guicaznou sr. de Kerphilippe et chanoine de Tréguier qui avait obtenu le droit d'édifier auprès un enfeu en forme de voûte avec apposition des armes de ses père et mère [Note : Antérieurement, le 18 novembre 1502, Guillaume de Guicaznou avait promis 20 sols monnaie de rentes à chaque terme de la Toussaint pour un enfeu près celui de messire Jean de Nandillac, avec pouvoir de mettre ses armes et intersignes de noblesse es vitre au-dessus (seconde verrière du collatéral nord)]. Près de cette porte étaient également inhumés Mme de Boisriou et messire Yves-Tugdual Le Du, chantre, suivant les registres qui mentionnent à cette occasion que cette porte du côté de l'évangile était plus petite que celle du côté de l'épître. 

Jean du Val, théologal, avait également sa tombe avec inscription au milieu du déambulatoire, entre la grille du sanctuaire et la balustrade de la chapelle Saint-Joseph. 

Enfin, le 26 novembre 1654, le sieur Journeau remontrait au chapitre que le sr. Yves Guyomarch, son oncle, désirait être enterré sous un enfeu près la chapelle Saint-Joseph, du côté du grand autel, vers le cloître, enfeu en lequel deffunt autre maître Yves Guyomarch son père avait été inhumé, permission qui fut accordée.

Actuellement, l'on voit encore dans la chapelle saint-Joseph, à la clef de voûte (17), les armes de Nandillac rappelant l'archidiacre Jean de Nandillac qui gouverna en fait l'évêché de Tréguier pendant trente ans et qui fut ainsi que son frère Guillaume, l'insigne bienfaiteur de la cathédrale et de la chapelle Saint-Yves de Kermartin. 

Sous le balustre, deux tombes bout à bout portent l'une les armes pleines de Begaignon (19) et l'autre (18) les armes écartelées aux I et IV de Begaignon, aux II et III de Loz au franc canton chargé d'un lion. Cette dernière pierre tombale est, sans nul doute, celle de Bertrand Begaignon, fils de Jean et de Jeanne de Cléauroux, et de sa femme Françoise Loz, héritière de Pouldouran, fille de François et de Catherine de Pouldouran. Probablement le franc canton rappelait-il cette dernière maison qui blasonnait de gueules au lion d'argent. 

La travée adjacente du déambulatoire porte à sa clef de voûte (20) un troisième écu des armes déjà rencontrées : de sable à 3 épées d'argent en pal, la pointe en bas, les gardes garnies d'or avec une crosse d'or en pal

 

V- Chapelle (aujourd'hui de Sainte-Philomène) 

Cette chapelle (M) servait autrefois de passage pour se rendre au cloître, et la procession, en particulier, l'empruntait comme nous l'avons vu. L'on y trouve pas de labbe, plus traces de tombes, pas de clef de voûte armoriée non plus qu'à la travée voisine du déambulatoire, et les registres des fondations et autres sont muets à son sujet. Il semble donc qu'il n'y ait pas eu là jadis de chapelle, mais un simple passage (Note : l'on ne peut seulement objecter la présence d'une niche pour piscine dans cette chapelle). Dans un acte de fondation du 22 août 1427, Prigent le Chevalier, chanoine, augmente le quatrième vicariat, créé par l'évêque Chrestien de Hauterive le 4 juin 1417, à charge au chapitre de faire célébrer trois messes à notes chaque semaine en la chapelle du côté gauche de l'église vers l'entrée du côté de l'orient, indiquant ainsi qu'avant la reconstruction du cloître une entrée orientale existait déjà, mais malheureusement le vocable de la chapelle n'est pas indiqué.

 

VI- Chapelle (aujourd'hui de la Sainte-Croix) 

Comme toutes les chapelles adsidiales des cathédrales, elle était autrefois dédiée à la Vierge comme l'indiquent de nombreux actes (VI). 

Le Raoulin rappelle, qu'antérieurement à son achèvement, une chapellenie y avait été fondée en 1383 par Guyomard Rolland, trésorier de la cathédrale de Tréguier et chanoine de Nantes ; et que, depuis, deux autres chapellenies s'y desservaient fondée par Jeanne Gaudin vicomtesse de Coetmen (Note : Jeanne Gaudin, seconde épouse de Rolland, vicomte de Coetmen, de 1371 à 1401. Cette fondation est en tout cas antérieure à 1420) et dotée de 25 livres de rentes, l'autre par Guillaume de Penhoet et Béatrix de Coetmen, sa femme, et dotée de 50 sols de rentes payables par moitié aux fêtes de la Nativité de Saint-Jean-Baptiste et de la Toussaint. 

Les comptes du chapitre de 1432 mentionnent également qu'en cette chapelle était inhumé l'évêque Maté (Note : « Item payé à Jehan Boudonant pour avoir appareillé un panne! de la vitre aussaine du cuer, dessus la chapelle da l'évêque Mate »). Il s'agit évidemment de l'évêque Mathieu Roeder (1417-1422) (a) (Note : Les comptes de la confrérie de Saint-Yves à Paris, dont le futur évêque faisait partie, indiquent de 1406 à 1408 Mate Roeder et sa signature porta M. Roeder). 

Le 29 août 1512, Pierre de la Haye, chanoine, eut la faculté d'édifier « une arche et lieu de sépulture, contre et derrière le choeur, vis-à-vis la chapelle Notre-Dame, communément appelée la chapelle noyre » (Note : Pierre de la Haye mourut le 18 janvier 1514. Il était également recteur de Ploumiliau et de Plouaret. La fondation fut payée par Yvon de le Haye, sr. du dit lieu, son héritier). 

Enfin un procès-verbal fort important de 1601 nous fait connaître que les seigneurs de Kermartin avaient les prééminences dans cette chapelle et nous donne d'intéressants détails, qu'il convient, croyons-nous, de rappeler in extenso (Note : Procès-verbal des prééminences des srs. de Kermartin publié in extenso dans les mémoires de la Société d'archéologie des Côtes-du-Nord, 2e Série, T. II, p. 50-60. Saint-Brieuc, 1885-1886).

 «....... Nous auroict iceluy Le Sainct (Note : Jacques le Saint, époux de Vincente de Quelen, sr. et dame de Traouangoas. Vincente de Quelen était fille d'Yves, sr. de Loguevel, et de Jeanne du Perrier, de la maison du Méné et petite-fille de Maurice de Quelen, sr. de Loguevel et de Françoise Bérard, héritière de Kermartin. Cette dernière terre était venue aux Bérard par le mariage de Jeanne de Kermartin, fille d'0llivier et de Constance Péan, avec Thébault Berard, sr. de la Croix-Voye et de Kerbieuc, arrière-grand-père de Françoise Le Plessix était venu par le mariage d'Alix du Plessix, dame de cette maison, fille de Geffroy du Plessix et de N. de St-Huon, avec Guillaume de Quelen, sr. de Loguevel, quartayeul de Maurice) monstré une chapelle du costé de l'orient, estant au dessus du grand autel de la dicte église cathédralle, au boult suzain, au rang des chappelles qui cernent le coeur de la dite église, laquelle chappelle le dict Michel nous a dict s'appeler vulgairement la chappelle de Nostre Dame de Recouvrance, où y a un immage de la dicte effigie de Nostre Dame, avec troys grandes vittres en lanterne au dessus de l'autel ausquelles sont seulement les armes antien de Kermartin et de Loguevel, comme avons veu, et des maisons du Plesseix et Traouangoaz et de leurs allianczes, au rapport du dict Michel ; et au dessoubz du dict autel, avons veu une tombe où il y a en bocze l'effigie d'une damoyselle, dame esté de la maison de Kermartin, comme nous a dict icelluy Michel, et icelle tombe armoyée de quatre ecussons des armes pleines de Loguevel et de Kermartin et en alliance des armes de Quelen et Le Menné (Note : Sans doute pierre tombale de Jeanne du Perrier, femme d'Yves de Quelen, sr. de Loguevel et Kermartin) et d'autres de Loguevel et de Kermartin en alliancze ; et au dessus di dict autel nous avons veu un tableau auquel sont les armes de Loguevel en alliancze avecq d'autres armes quy sont à present affaizées. Et nous a le dict Michel dict que antiennement, il y avaict autour de la dicte chappelle une seinture armoyée des armes de la dicte maison de Kermartin et ses allianczes, de laquelle se voit encore quelque marque d'environ ung pied des deux côtés, aux pilliers de la dicte chappelle, à l'entrée, et mesmes en la blanchisseure d'icelle que on void avoir été faicte résentement. Et nous a le dict Le Sainct monstré un escusson qui y est au hault de la voulte d'icelle chappelle estante aussi blanchye, auquel ecusson le dict Michel nous a dict que, avant la dicte blanchisseuse faicte puis les deux ans derniers, y estoient painctes les armes pleines de la dicte maison de Kermartin... »

En 1681, les chanoines s'étant opposés aux prétentions de messire Yves-0llivier de la Rivière seigneur du Plessix, de Kermartin, de Chrechangouez et gouverneur de Saint-Brieuc [Note : Olivier de la Rivière, sr. du Plessix, avait épousé, par contrat du 10 février 1627, demoiselle Vincent Pavic, fille et unique héritière de noble 0llivier-Pavic et de Marie Le Sainct, sr. et dame de Kerangouez et Keralec (cm. du 23 octobre 1603), fille elle-même de Jacques et de Vincent de Quelen. Olivier Pavic, sr. de Coathalec, maréchal de camp en 1593, reprit Bréhat et en fut nommé gouverneur le 22 juin 1594. Il fut inhumé dans la chapelle St-Yves de Kermartin, le 2 mars 1633. Il portait : d'argent à deux chevrons de sable entrelacés et un annelet de même en pointe], celui-ci leur intenta, le 29 juillet, un procès « afin qu'ils fussent déboutés de l'opposition par eux faite lorsque le dit seigneur a voulu faire placer deux écussons en alliance de ses aveux et de sa deffunte mère aux vitres de deux chapelles en la cathédrale de Tréguier dont il est fondateur à cause de sa terre et seigneurie de Kermartin et Crechangouez, dans les vitres de l'une desquelles (Notre-Dame) il y a environ 30 à 40 écussons des armes et en l'autre (saint-Tugdual) 8 à 10 »

Outre ces droits honorifiques, les seigneurs de Kermartin avaient un droit bizarre en la cathédrale de Tréguier ils ne devaient l'hommage de la terre de Kermartin à l'évêque de Tréguier, que dans ses habits pontificaux et assis sur un autel de la cathédrale (Bibliothèque nationale, f., fr. 22.347 fol. 115 v°). 

Rappelons en outre qu'ils étaient l'un des quatre « pots » de l'évêque lors de l'entrée solennelle avec le vicomte de Coetmen, le vicomte de Pommerit et le sr. du Verger ; et qu'ils avaient droit à toute la vaisselle ayant servi au repas d'entrée sauf la coupe de l'évêque réservée au vicomte de Coetmen. 

Le 29 juillet 1639 fut transportée en cette chapelle une image du cloître, sans autres indications. Rappelons à ce sujet qu'il existait trois autels dans le cloître : l'autel de N.-D. de Pitié au cloître sur lequel était desservie la chapellenie fondée par le trésorier Barbuti le 12 juin 1483 ; l'autel Saint-Jean-Baptiste au cloître, mentionné dès septembre 1484 dans un acte autorisant le chanoine Pierre Lesné à meure et placer au cloître, sur l'autel où était l'image de Saint-Jean-Baptiste, une image de Saint-Pierre qu'il avait fait peindre. Le compte de 1637-1638 mentionne à propos de cette dernière statue : « payé 30 sols à Hervé, charpentier, pour avoir mis deux billots de bois à soutenir deux chevrons au dessus de l'image de Saint-Pierre au cloître » ; enfin l'autel de Saint-Yves au cloître. Par testament du 17 mai 1493, messire Yves de Kermel, archidiacre de Tréguier, désirant être enterré dans le cloître, devant l'autel Saint-Yves qu'il avait fait bâtir et « auquel en la vitre jouxte sont peintes ses armes », fondait six anniversaires pour lesquels il donnait 240 livres pour acquérir 12 livres de rentes et baillait deux gobelets d'argent pour aider à faire la chasse des reliques de Saint-Yves.

Revenons à la chapelle Notre-Dame. Nous avons indiqué qu'à la réunion du chapitre du 5 janvier 1649, l'évêque Balthazar Grangier s'était proposé de la faire clore de balustre, de l'orner et la décorer à nouveau.

Actuellement, la clef de voûte de la chapelle (21) porte un écu blasonné de gueules au croissant d'argent accompagné de 3 roses de même, 2 en chef, 1 en pointe, armes qui ont été substituées comme nous venons de le voir aux armes de Kermartin. Nous ne voyons à qui attribuer en Trécor ces armes qui ailleurs pourraient être celles des Gaudin, Gourdel ou Raoul. Une confusion au sujet de la donation de Jeanne Gaudin aurait-elle fait confondre la première avec celles des seigneurs de Martigné ? tout est possible, quand on voit comment ces armoiries ont été reblasonnées. Mentionnons enfin que sur l'autel de Notre-Dame se desservait la confrérie des agonisants. 

 

VII- Chapelle (aujourd'hui de Saint-André) 

Cette chapelle (VII) était, ainsi que nous l'avons montré ailleurs, dédiée autrefois à Saint-Martin. Les comptes du chapitre de 1468, mentionnant la réfection du pavage, indiquent, que s'y trouvait la sépulture de feu de bonne mémoire Raoul, évêque de Tréguier, que nous pensons être l'évêque Raoul Rolland, l'auteur de Raoulin, et non Richard du Perrier comme il est généralement indiqué. 

Cette sépulture épiscopale était également rappelée dans l'acte du 25 août 1483 accordant droit d'enfeu dans cette chapelle au chanoine Pierre Lesné. En cette dernière année, le 19 janvier, permission d'enfeu fut également octroyée à Guyomar Le Gal, sacriste, devant cette chapelle Saint-Martin, emplacement existant entre celle-ci et la chapelle Sainte-Catherine. En septembre 1484, concession d'une pierre tombale fut faite à Marie Alain, autour du choeur, devant la chapelle Saint-Martin ; et le 16 novembre 1565 à messire Jean Jagu d'une tombe à l'entrée de la chapelle avec permission d'y inscrire son nom. A dater de la mort de l'évêque Adrien d'Amboise, le 28 juillet 1616, trois messes hebdomadaires se desservaient sur l'autel Saint-Martin, chapellenie fondée par l'évêque dont le coeur fut inhumé dans cette chapelle, qui prit, pendant peu de temps, le vocable de Saint-Adrien (Note : Les biens laissés à cet effet par l'évêque furent délivrés à Pierre de Rosmar et Françoise de Larmor, dame de Treveznou, qui s'engagèrent sur tout leurs biens à assurer la fondation.). 

Par testament du 4 juillet 1619, messire Philippe du Halegouet laissait 3600 livres pour la fondation d'une messe hebdomadaire le mardi au choeur de la cathédrale avec à la fin De Profundis sur sa tombe « dans la clôture entre les deux piliers du choeur. vis-à-vis de la chapelle Saint-Martin, tombe portant inscription ». Philippe du Halegouet décéda le 8 juillet suivant et eut pour héritier François Michel, sr. de Kermorvan qui acquitta la fondation. Mais le 19 septembre 1659, le chapitre, trouvant le revenu insuffisant par résidence, la réduisit, comme celle de Mathurin Lhostis, à une messe à notes chaque premier mardi du mois (Note : Philippe du Halegouet, chanoine, puis trésorier de Tréguier et prieur de Kermaria, était cousin de l'évêque Guillaume du Halegouet qu'il accompagna dans son exil pendant la Ligue). 

Le 22 avril 1626, dans son testament, Michel Fanoys sr. du Pouillat faisait fondation d'un anniversaire (le 8 mai) et élection de sépulture en cette chapelle ; et son fils unique et seul héritier, Pierre, scholastique de Tréguier, obtint par acte du 6 mai 1650 moyennant 20 livres de rentes la concession d'une tombe près de celle de son père. Cette dernière, devant l'autel de Saint-Martin, était coupée en deux par la balustrade de la chapelle ; le 28 mars 1752, messire René-Joseph Fanoys, chanoine, y fut également inhumé (Note : Michel Fanoys, sr. du Pouillat et de Ruzerec, avait épousé dlle Barbe Hervé de la maison de Kerpuns. La succession de Pierre Fanoys est datée du 2 novembre 1652. Il avait résigné sa dignité de scholastique le 2 janvier 1650 en faveur de Jacques Cadier qui abandonna lui-même le même jour son canonicat à autre Pierre Fanoys, fils de noble Baptiste Fanoys, sr. du Rozlan). 

Proche la tombe des Fanoys, « devant Saint-Martin et derrière le choeur », était la tombe de François Le Goalès, sr. de Kerson, sans doute la même que celle, obtenue en 1504 par Yves de Trolong, chanoine et sr. de Kerson. 

Enfin la tombe de Pierre de la Grève, sr. du Chastel et chanoine de Tréguier, est indiquée comme située « auprès d'un pilier du choeur, vis-à-vis de l'autel Saint-Martin, contre la tombe du Merdy »

Actuellement, la clef de voûte (22) porte un écusson d'argent avec une crosse d'or en pal. Nous croyons qu'autrefois c'étaient là les armes de l'évêque Raoul Rolland : d'argent à trois aiglons d'azur membrés et becqués d'or à la crosse d'or en pal

 

VIII-Chapelle (actuellement de Saint-François d'Assise) 

Comme, l'indique l'acte mentionné plus haut pour la sépul­ture du sacriste Guyomar Le Gal, elle était autrefois sous le vocable de Sainte-Catherine (VIII). Une chapellenie fort ancienne y  était desservie et rappelée dans deux actes des 20 septembre et 20 novembre 1457. 

Le 26 novembre 1484 fondation fut faite, par messire Olivier de Gaspern, de quatre anniversaires dont un à desservir sur l'autel de cette chapelle en laquelle il désirait être inhumé. Le 20 février 1496, Henry Loz, chanoine, désirant également avoir sa sépulture en la chapelle Sainte-Catherine, y fonda trois anniversaires. Son testament fut exécuté le 9 février 1503 par son héritière principale et noble Catherine Loz, dame de Kermouster et veuve de feu Guillaume Loz, fils aîné de Louis sr. de Kergouanton. 

Concession d'une autre tombe, près de la précédente, fut accordée à Henry de Kerguenech, également chanoine, le jour de la vigile de la Nativité 1509 ; mais, ainsi que nous l'avons indiqué, il n'y fut pas inhumé, ayant obtenu une arche près de la porte méridionale du choeur qu'il avait fait édifier à ses frais. 

Le 9 octobre 1517, E. Gouryen, prêtre de Cornouailles, fonda un anniversaire sur l'autel Sainte-Catherine. 

Peu avant, le 18 avril 1516, Bertrand Lorans, bourgeois de Tréguier, avait obtenu un enfeu « en l'esle autour du choeur, au costé devers le sud et le martray, près et jouxte le pilier entre la chapelle Sainte-Catherine et la chapelle de Monsieur Saint-Tugdual », enfeu où il pourrait faire mettre son nom et celui de Jehanne Saliou, sa femme, moyennant 5 sols monnaie de rentes. Un acte du milieu du XVIIème siècle mentionne cet enfeu, alors à Prigent Lorans, à fleur de terre proche de la tombe élevée. Cette dernière était alors revendiquée par le marquis de Locmaria et le président Claude Cornulier, elle échut à ce dernier. 

Le 17 septembre 1635, fondation fut faite par Thomas Le Roger et Marie Le Bugalle sa femme, sr. et dame de Pratanlan, d'un anniversaire sur l'autel Sainte-Catherine, à chaque jour et fête de Saint-Thomas l'apôtre, avec prière sur leur enfeu en la dite chapelle moyennant 18 livres 15 sols de rentes dues par Gilles de Bugallé, sr. de Kergrois. 

Peu après, un acte, également de 1635, montre que sur l'autel Sainte-Catherine se desserraient les offices de la confrérie de la Charité érigée pour la consolation et la nourriture des pauvres malades, et l'autel prit le nom d'autel de la Charité jusqu'en 1650, date où les offices de cette confrérie furent célébrés sur l'autel Saint-Mathieu en la nef. Mais, le 15 septembre 1653, les soeurs de cette confrérie exposèrent au chapitre qu'elles ne pouvaient placer sur l'autel Saint-Mathieu un tableau à cause des images qui s'y trouvaient et elles demandèrent de leur octroyer « la chapelle Monsieur Saint-Pierre ou Sainte-Catherine qui est en haut de la dite église proche de celle de Saint-Martin et située du côté du grand autel vers le martray, sur l'autel de laquelle elle pourrait desservir leur confrérie, y poser un tableau et un tronc pour les aumônes ». Elles s'engageaient à la décorer à nouveau et à la fermer d'une clôture de bois. Le chapitre accorda la permission demandée, mais n'autorisa qu'une porte à loquet et demanda communication des plans d'embellissement pour approbation avant exécution. 

Cet acte nous indique ainsi le troisième vocable, Saint-Pierre, de la chapelle. 

Le rentier des fondations de 1721 spécifiant que la tombe de Thomas Le Roger était au milieu de la chapelle de Jésus en fait connaître un quatrième et permet de situer les tombes suivantes :

Tombe de René Clech, vicaire de la cathédrale, « à l'entrée de la porte de la chapelle de Jésus » ; tombe de Marguerite Le Gac « au milieu du déambulatoire, vis-à-vis de la chapelle de Jésus » ; tombe du sr. Mercier et de Jeanne le Bozec, « petite tombe vis-à-vis la chapelle de Jésus avec inscription »

cathédrale de tréguier

Enfin, le vendredi 11 mars 1740, Jean le Galeer, théologal, fut inhumé près du balustre de la chapelle de Jésus. 

Chardin mentionne de plus un acte, que nous n'avons pas retrouvé, où Thomas le Roger et sa femme sont dits inhumés en la chapelle Saint-Thomas. 

Actuellement, la labbe de la chapelle Saint-François d'Assise ne porte pas d'écu à sa clef, mais une tête sculptée. A la clef de voûte (23) se voit les armes des Le Merdy : Ecartelé d'argent et de gueules, à trois fleurs de lys de l'un en l'autre

Sous le balustre, la pierre tombale de Thomas le Roger et de Marie le Bugalle sa femme subsiste encore (24) comme l'indique l'inscription : CESTE TOMBE APARTIENT A / SIEUR TH / OMAS ROGIER ET A DAMOISELLE MA / RIE LE BUGALLE. SA COMPA. avec la date de 1636 sous un écu mi parti portant au premier trois trèfles, deux en chef et un en pointe soutenu d'un croissant, armes de Thomas Rogier ou Le Roger, et au second une épée en bande, armes des Le Bugalle (fig. 7). 

 

 

IX-Chapelle (actuellement de N.-D. de Bonsecours) 

Cette chapelle (IX) était autrefois sous le vocable de Saint-Tugdual comme on peut le voir par l'enfeu toujours existant de Monseigneur Christophe du Chastel, dit de Coettredrez, (26). Par testament du 12 novembre 1479, cet évêque faisait part de son désir d'être inhumé en la chapelle Saint-Tugdual où il fondait une altarystie d'une messe hebdomadaire pour laquelle il léguait 100 livres monnaie pour l'acquisition de 100 sols monnaie de rentes. Il donnait en sus 8 livres monnaie de rentes pour deux anniversaires. 

Le Raoulin mentionne antérieurement une fondation, en cette chapelle Saint-Tugdual, par Guillaume Le Corre, chanoine et sacriste de Tréguier. 

Le 28 janvier 1487, Guy de Coetynisan, avec l'assentiment de sa petite fille Jannette de Kergrist épouse de Jehan Jahan, faisait une fondation pour obtenir une tombe dans la chapelle où Christophe du Chastel était inhumé. 

Trois ans plus tard, le 12 novembre 1490, Vincent de Kergrist, sr. de Keravel et tuteur de Rolland le Sainct, fils, aîné de Jean le Sainct et de Jeanne de Kergrist (sœur dudit Vincent), obtenait une tombe en la chapelle Saint-Tugdual où avait été enterré autrefois Raoul le Sainct, ayeul paternel, et Jean le Sainct, père dudit Rolland avec permission d'y apposer ses nom et armes (Note : Le Saint porte : d'argent au lion de sable accompagné de 4 merlettes de même, 3 en chef et 1 en pointe). Cet acte montre du reste que c'était là la ratification d'une concession faite à Jean Le Sainct le 31 décembre 1487. 

La vigile de la Nativité 1509, Gilles de Keroulas, chanoine, qui venait d'être pourvu de son canonicat le 27 septembre précédent, obtenait concession d'une tombe devant l'autel de Saint-Tugdual. Le 29 août 1512, il fut convenu que, « comme pour le présent il ne faisait aucun édifice », il participerait à l'entretien du pavé et payerait pour ce 20 sols de rentes chaque premier septembre. Il mourut le vendredi 4 novembre 1519, étant en même temps que chanoine recteur de Tonquédec ; et dix jours après, le 14 novembre, son exécuteur testamentaire, Jean de Botmiliau, recteur de Plouec, obtint permission de placer une pierre tombale armoyée des armes du dit de Keroulas (Note : De Keroulas : fascé de six pièces d'argent et d'azur), deux écus des mêmes armes en la vitre de la chapelle, au-dessous des armes de l'évêque du Chastel, enfin une piscine de plomb aux mêmes armes. 

Le 25 novembre 1527, à propos d'un échange avec Gilles Quemper, sr. de Kerscau et chanoine de Tréguier, il est indiqué que Charles Le Lagadec sr. de Kervegan est possesseur de deux enfeux avec deux pierres tombales en la chapelle Saint-Tugdual, joignant la tombe de feu de bonne mémoire Christophe du Chastel, pour lesquelles son père, Pierre Le Lagadec, avait baillé 40 sols de rentes (Note : Le Lagadec : sr. de Kerveguen porte : d'argent semé d'hermines et une quintefeuille de gueules en abîme). 

Les registres des fondations mentionnent encore dans cette même chapelle les tombes suivantes : 

- celle de messire Guillaume Touronce, chanoine, la première en entrant, effigiée d'un chanoine (Note : Touronce : écartelé aux I et IV de gueules au chef endanché d'or à cinq pointes chargé de 3 étoiles de sable, aux II et III de gueules au lion d'or. Guillaume Touronce avait fondé une chapellenie desservie en la chapelle Saint-Fiacre, hors de la cathédrale, où se desservaient plusieurs fondations mais où il était interdit d'inhumer).

- celle de messire Yves Barbuty, trésorier, garnie d'une plaque de cuivre ; 

- celle de messi