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LE MANOIR DE TIZÉ A CESSON-SÉVIGNÉ |
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Tizé est une des perles de la campagne rennaise. Il formerait — s'il était intact — le digne pendant de Boisorcant, l'un dans l'exubérance du gothique finissant, l'autre dans l'exubérance, tempérée, de la Renaissance commençante.
Certes, le moyen âge n'est pas absent de Tizé, ne serait-ce que par la forme de l'escalier en colimaçon, et par le plan général de la demeure, sa grande salle dotée d'une puissante cheminée entièrement de pierre, les grilles de ses fenêtres. Mais l'habillement est purement de la Renaissance, d'un style où les motifs empruntés à l'antique ou à Florence s'associent à des inspirations venues de la nature comme l'enfilade de liserons qui courent le long de la rampe.
En contemplant ce décor, on évoque l'escalier de l'aile François Ier au château de Blois, avec cette différence, entre autres, que l'escalier de Blois est en saillie sur la façade, tandis que celui de Tizé est incorporé dans l'œuvre.
Si l'on remarque que le matériau de cette construction est étranger au pays (ce n'est ni le granite ni le schiste, mais le calcaire), si l'on attache quelque importance aux origines angevines des propriétaires qui l'ont construit, on sera tenté d'en chercher l'architecte du côté de l'Anjou, comme c'est le cas à Champeaux.
Malheureusement, ce qui subsiste n'est qu'une relique. Seuls les deux étages inférieurs de l'escalier sont conservés avec leurs deux séries d'arcades, l'une rampante pour suivre le mouvement ascensionnel des marches, l'autre horizontale parce qu'elle correspond au palier.
Pour se faire une idée de ce qu'était encore ce monument en 1838, il faut voir l'excellent dessin qu'en a tracé l'architecte Charles Langlois. On y retrouve la construction complète avec son couronnement en énorme coquille. Dans son texte, Langlois raconte qu'il a encore vu des restes d'une inscription et des écussons [Note : Note sur le château de Tizé lue à la séance du 17 décembre 1838. Bulletin de la Société des sciences et arts Rennes, imp. Marteville. La gravure qui est hors texte porte les mentions suivantes : « D'après nature par Charles Langlois, architecte. — Lithographie de Landais et Leroy à Rennes. — Lithographie par Charles Oberthur fils ». Il en existe une reproduction dans BANÉAT, t. IV, page 226]. Tout cela, qui serait très secourable aux historiens de Tizé, a disparu sans retour.
Le manoir baigne littéralement dans la Vilaine. Etant sur la rive droite, il se trouve sur le territoire de Thorigné, tandis que sur la rive gauche, qui est de Cesson, s'élevait une partie de ses dépendances.
De tout l'accompagnement de tours, de douves, de pont-levis, de colombier, de chapelle, il ne reste rien ; il est inutile d'en parler.
Du Paz, écrivant en 1619 l'histoire des seigneurs de Tizé, s'exprime ainsi : « Cela se justifie par grand nombre de titres qui sont en ladite maison de Tizé par lesquels j'ai appris sa grandeur et comme c'estoit une ancienne chevalerie et châtellenie, les seigneurs de laquelle ont été autrefois honorés du titre et dignité de banneret » [Note : Histoire généalogique, page 790].
Cette lignée, qui va du XIIIème siècle à la Révolution, sans que le manoir soit sorti de la même famille, est impressionnante. Toutefois, la transmission s'est faite, à plusieurs reprises, par filiation féminine.
Le plus ancien seigneur de Tizé dont l'histoire ait conservé la mémoire est Bertrand, témoin de la charte de fondation de Saint-Aubin-du-Cormier, à Nantes, en 1225.
Au XIVème siècle, l'héritière de ce domaine le porta à son époux Auffroy de Montbourcher. Celui-ci reçut du duc Jean III, en 1314, l'autorisation de prendre du bois dans la forêt de Rennes pour construire son hôtel de Tizé [Note : Outre la notice de Du PAZ, on consultera sur Tizé celle de GUILLOTIN DE CORSON dans les Grandes seigneuries de Haute-Bretagne, t. I (1897), page 471]. Ce château de 1314 était le second. Il n'en reste rien.
La petite-fille d'Auffroy, Marie de Montbourcher, fut la femme de Geoffroy de Chevaigné, seigneur de Noyal-sur-Vilaine, qui par l'union durable de ces deux seigneuries en doubla l'importance.
Marguerite de Chevaigné, dame de Tizé, petite-fille de Geoffroy, fut mariée avec Armel de Châteaugiron dont la famille était alors au sommet de la chevalerie bretonne. Leur fille et héritière eut pour époux Foulque de Saint-Amadour dont la terre patrimoniale était située en pays craonnois, qui sous le rapport artistique fut un foyer privilégié.
Guy de Saint-Amadour, leur fils, épousa Jacquette de Malestroit, autre grand nom de l'aristocratie bretonne. Son petit-fils, François de Saint-Amadour, eut pour femme Marguerite Le Lyonnais, dont un oncle eût été évêque de Rennes si la reine Anne l'eût supporté. François de Saint-Amadour fut institué par le duc François II, en 1488, capitaine de Saint-Aubin-du-Cormier avec la maîtrise des eaux et forêts de Rennes et de Saint-Aubin, à la place de Guillaume de Rosnivinen, destitué pour avoir livré la place aux Français.
En septembre de la même année, à Couëron, au chevet du duc mourant, François de Saint-Amadour, son fidèle chambellan, fut témoin de son testament. Cependant, en 1490, il était passé au service de Charles VIII et commandait à Dinan une compagnie de quarante lances dans l'armée royale [Note : Dom MORICE, Preuves de l'Histoire de Bretagne, t. III, col. 575, 603 et 636].
Son frère cadet Jean, vicomte de Guignen, fit une carrière extrêmement brillante au service du roi et de la reine Anne. Sa belle épitaphe en fait foi, mais nous ne parlons de ce sire que pour l'émulation artistique qui put régner entre les deux frères [Note : Du PAZ, o.c., page 706. Michel DUVAL, La Cour d'eaux et forêts ... de Bretagne, Rennes, 1964, page 189]. Jean mourut en 1538, son aîné dès 1521.
La fille unique de François, Anne de Saint-Amadour, épousa en premières noces François de Malestroit. Les promesses de ce mariage furent échangées le 5 avril 1513 dans une cérémonie magnifique. La mère du marié était Catherine de Rohan, dame de Kaer. C'est dire que nous sommes là dans le milieu le plus favorable à l'éclosion d'une oeuvre de choix.
François de Malestroit mourut en 1529. Sa veuve, Anne de Saint-Amadour, en 1531, convola en secondes noces avec Geoffroy Bouan, vaillant guerrier, mais dont la famille n'avait pas l'éclat des Rohan, des Malestroit, des Saint-Amadour. Cependant, c'est à sa descendance que fut dévolue la seigneurie de Tizé. En effet, Anne de Saint-Amadour, par une libéralité de 1538, le 23 janvier, voulut que Tizé allât en usufruit à Geoffroy, s'il lui survivait, et en toute propriété, aux enfants de cette seconde union dont plusieurs étaient nés avant 1538.
Plus tard, la descendance du premier mariage d'Anne, représentée par René de Malestroit, baron de Kaer, demanda la cassation de l'acte de 1538. Il aurait voulu recouvrer Tizé et laissait entendre que Geoffroy Bouan était un piètre compagnon pour la dame de Saint-Amadour et de Malestroit. Il fut débouté de sa prétention par sentence du sénéchal de Rennes, du 28 septembre 1570, que confirma, le 27 octobre 1571, un arrêt du Parlement [Note : Noël DU FAIL, Mémoires des plus notables et solennels arrêts du Parlement de Bretagne, édition Sauvageau, 1654, page 1057. Dans cette relation, l'acte d'Anne est daté de janvier 1537. Mais comme on suivait le style de Pâques, il faut convertir selon notre comput, ce qui donne 1538, à moins que la correction ait été faite par du Fail ou par René de Malestroit ou par le greffier du Parlement ou celui de la sénéchaussée, ce qui est peu probable].
Mathurin Bouan succéda à son père et à sa mère (morte vers 1562) dans la possession de Tizé. Il y vivait paisiblement lorsqu'il y recueillit Bertrand d'Argentré en ses derniers jours. Le grand jurisconsulte, vénéré dans toute la France, s'était trouvé compromis par ses sympathies pour la Ligue lorsque Rennes avait été gagnée puis abandonnée par Mercœur (1589).
Après cet échec, quelques ligueurs rennais, dont B. d'Argentré, se réfugièrent à Fougères que Mercœur gardait dans son obédience. On imagine le débat qui se livra dans la conscience de Bertrand d'Argentré : ou combattre le nouveau roi huguenot de crainte que son avènement n'impose le protestantisme à ses sujets, ou accepter ce risque pour rester fidèle au monarque légitime. Il opta finalement pour le droit et reprit la route de Rennes. Mais cette résolution le brisa. Presque aux portes de la ville, il dut faire une étape chez son ami Mathurin Bouan. Il n'alla pas plus loin et rendit le dernier soupir dans cette demeure, le 15 février 1590.
Mathurine Bouan, petite-fille de Mathurin, héritière de Tizé, fut mariée, en 1615, à Jean Hay des Nétumières, et leur descendance porta le nom de Hay de Tizé.
Il n'est pas nécessaire d'énumérer sèchement toutes les générations de cette postérité.
De Jean-Paul Hay de Tizé, arrière-petit-fils de Mathurine, la fille Sainte se maria avec Claude de Kerroignant et, par un arrangement de famille en 1737, la châtellenie de Tizé fut assurée aux enfants de Claude de Kerroignant. Il mourut en 1762. Deux de ses petits-fils ayant émigré, Tizé fut confisqué et vendu nationalement.
Il appartient actuellement (vers 1971) à la famille Pinault qui compte parmi les plus notables du pays rennais [Note : Eugène Pinault a été député d'Ille-et-Vilaine de 1876 à 1889, maire de Rennes de 1900 à 1908 et sénateur d'Ille-et-Vilaine de 1906 à 1913].
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