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LE CHÂTEAU OU MANOIR DE LA MONNIAIS A CESSON-SÉVIGNÉ

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En quittant la Hublais pour gagner La Monniais, l'on remonte du règne de Louis XVIII jusqu'au moyen âge. La Monniais — ou mieux La Mauniais — est un des beaux manoirs dont s'orne la campagne de Rennes. Sa longue façade de pierre bien appareillée, percée de larges fenêtres jadis grillées, son étage spacieux font face à la route de Cesson à Chantepie. A l'intérieur, le banc de pierre qui suit le contour des embrasures est un souvenir de celui où s'assoyait le guetteur dans les forteresses médiévales. Aux cheminées, les manteaux de pierre sont soutenus par de vigoureux linteaux de merrain reposant sur des piédroits de plan arrondi surmontés de chapiteaux onduleux traités en consoles et dont l'un est décoré d'un macaron grotesque dans le goût des sculpteurs et des enlumineurs du XVème siècle. L'escalier, actuellement englobé dans le corps du logis, n'est pas plus ancien que le XVIIème siècle. Il est possible qu'une tourelle contenant un escalier à vis formât primitivement saillie sur la façade arrière. Le logis comptait plusieurs salles et des offices, ce qui implique un train de vie relativement luxueux.

Les notes du chanoine Guillotin de Corson nous apprennent les noms des premiers seigneurs : Alain de Pocé en 1458, les Busnel en 1558.

La famille de Pocé tire son nom d'une petite paroisse située à l'ouest de Vitré [Note : Dans le canton de Vitré. Il existe une autre seigneurie de Pocé en Touraine, canton d'Amboise, qui a donné son nom à une autre famille]. Cette race remonte à une haute antiquité, peut-être au-delà du XIIIème siècle. En 1420, Gilles de Pocé s'arma pour voler au secours du duc Jean V, captif des Penthièvre. La dernière trace des Pocé est la mention, en 1575, de la veuve de Julien de Pocé. Depuis longtemps les Pocé n'avaient plus la terre de ce nom, mais ils possédaient le fief du Dezerseul, en Cesson, qui ne paraît pas avoir été une résidence seigneuriale. Ont-ils bâti ce grand manoir de La Mauniais ? Je le pense. La preuve serait faite, dans un sens ou dans l'autre, si l'on connaissait les armes des Pocé bretons. En effet, la cheminée de la salle principale avait été gravée sur son linteau de bois d'un écusson.

Il a été bûché, mais la trace de trois meubles posés 2 et 1 sur le champ est discernable. Ce ne sont pas les armoiries des Busnel qui sont bien connues : d'argent à l'épervier - ou aigle - de sable perché sur un écot du même.

Les Busnel succédèrent aux Pocé à une date qui, comme l'a indiqué Guillotin de Corson, ne peut être plus tardive que 1558.

Nous avons un point de repère fixe : le 10 septembre 1562, Charles Busnel, sieur de la Retardais en Louvigné-de-Bais, fit aveu, comme relevant noblement de l'évêque de Rennes, du « lieu de la Mauniays », de ses « grandes maisons », avec leurs salles, chambres et galeries, avec sa métairie et ses dépendances couvertes tant d'ardoise que de glé (chaume), ses étang et chaussée, ses bois de haute futaie, etc., au nom de ses deux nièces mineures, ses pupilles, Julienne et Guyonne, enfants de son frère feu Julien Busnel, sieur de la Mauniays et du Marcheix [Note : Le Marcheix de Cesson est à trois kilomètres sud-est du bourg].

Ce brave Julien Busnel, enseigne colonel, avait été blessé d'une arquebusade au siège de Cambrai, en 1553, puis à la bataille de Valenciennes, en 1557. Son décès dut suivre de peu. Je pense que c'est son père qui était entré en possession de la Mauniays. Ces Busnel étaient représentés à Cesson depuis de longues années. En 1427, Perrot Busnel, praticien en cour séculière, y était exempt des fouages.

Julien Busnel avait deux frères, Charles et Jean, tous les deux pleins d'initiative dans les guerres civiles du XVIème siècle. Charles, l'aîné, était procureur des bourgeois de Rennes en 1560 et, à ce titre, fut chargé par eux de mission vers le gouverneur de la province en 1564 et 1565 [Note : JOUÖN DES LONGRAIS, dans l'Association bretonne, 1907]. De sa profession, il était conseiller au Présidial. Lorsque la Ligue s'introduisit en Bretagne à l'instigation du duc de Mercœur, des Rennais conspirèrent pour lui ouvrir les portes de Rennes (1589). L'un des promoteurs du soulèvement fut le président Dodieu de Velly. Il trouva un contradicteur énergique en la personne de Charles Busnel. Comme le président descendait dans la rue animant ses partisans :

« Courage, enfants ! Vous laisserez-vous surprendre ? », Charles Busnel l'interpella : « Comment, Monsieur, que voulez-vous faire ? Nous n'avons besoin de sédition ni de guerre en cette ville. Vous ferez bien de vous retirer ».

Charles Busnel et son frère Jean, sieur de Grippé, furent récompensés de leur fidélité au roi par l'anoblissement de leurs terres en 1592 et 1594 [Note : JOUÖN DES LONGRAIS, édition de l'Information du Sénéchal de Rennes contre les ligueurs, 1589, dans les Mémoires de la Société archéologique, t. XLI (1911), 1er p., pages 39, 40, etc...].

Qu'advint-il des filles de Julien Busnel ? Je l'ignore. Ce qui est sûr, c'est que la Mauniays échut au fils de leur tuteur, François Busnel. Celui-ci, né en 1561, fut conseiller au Parlement en 1591, avocat général en 1596 et décéda en 1631.

Son fils Jacques, sieur de la Guinemenière en Monterfil, fut, comme son père, avocat général, puis président des Enquêtes [Note : Fr. SAULNIER, Le Parlement de Bretagne, t. I (1909), n°s 224 et 225]. Effectuant le partage des biens familiaux, il attribua la Mauniays à sa sœur Marie, comme l'atteste un acte du 6 juillet 1646. Celle-ci avait été mariée à Renaud du Breil, baron des Hommeaux et seigneur de la Bourbansaye où il avait résidé avec sa femme. Leur contrat de mariage remontait à 1617.

Marie Busnel, devenue veuve, ne conserva pas la Mauniays. Par un acte du 7 novembre 1652, elle vendit à Georges de Kerguézec, seigneur de Brays, conseiller au Parlement et tuteur de son petit-fils, également prénommé Georges, la « maison noble » de la Mauniays, le principal corps de logis avisagé à l'occident, où il y a salle, chambre basse, office, trois chambres hautes avec cheminées, galerie derrière la maison, avec le jardin seigneurial, pavillon et refuge à pigeons, bois de futaie, vivier, étang, rabine ainsi que la métairie. Le manoir est dit relever du marquisat de Cucé.

Ainsi la Mauniays advint-elle aux Kerguézec. Le fils de l'acquéreur, on l'a constaté, était décédé avant l'acquisition de 1652, il fut inhumé aux Jacobins de Rennes le 9 décembre 1651 [Note : Fr. SAULNIER, Le Parlement de Bretagne, t. II, n°s 734 et 735]. Il était conseiller au Parlement, baron de Jussé et, depuis 1647, mari de Françoise Trublet, de la famille malouine à laquelle appartenait également Nicolas Trublet, redevable de sa célébrité à Voltaire [Note : Jean JACQUART, L'Abbé Trublet, critique et moraliste (1697-1770), Paris, 1926].

Georges-Joseph de Kerguézec qui, en son enfance, figura au contrat de 1652, mourut sans laisser d'autre héritier que sa sœur Françoise-Thérèse-Agnès, née à Saint-Malo, précisément en cette année 1652 et qui, décédée à Brays, fut inhumée à Cesson le 8 mai 1722. Célibataire, elle eut pour héritière à la Mauniays, ainsi qu'à Brays et à Jussé, Anne-Marie Botherel de Mouillemuse, qui fut l'épouse de Charles-Jean-Baptiste Viart, seigneur de nombreux domaines, doyen de la Chancellerie de Bretagne. Il décéda à 66 ans, le 29 décembre 1765, laissant deux fils. L'aîné, Jean-Charles Viart, seigneur de Mouillemuse, fut trésorier de France, général des finances en Bretagne. Le cadet, Alexis-Jean-Pierre, qui reçut la Mauniays en même temps que les seigneuries de Jussé et de Brays, était président en la Chambre des Comptes de Nantes. C'est dire que les moyens financiers de la famille n'étaient pas minces [Note : Jean MEYER, La Noblesse bretonne au XVIIIème siècle, Paris, 1966, page 424].

La première femme d'Alexis-Jean-Pierre, Sainte Menard de Francquemont, mourut à Brays, en 1767, lui laissant un fils, Alexis-Jean-Ange, qui, après la mort de son père, en décembre 1782, devint à son tour propriétaire de la Mauniays. Il épousa, en 1784, Marie-Perrine de Saint-Pern, dont il n'eut qu'une fille, Charlotte, en 1785.

On a de lui un bail à ferme de la métairie de la Mauniays conclu le 15 février 1787, et qui présente une clause intéressante concernant l'exploitation de la carrière de la Mauniays. Il est convenu que le fermier voiturerait cent battelées de pierre au port de Cesson ; chaque battelée, contenant une toise et demie, rendue à Rennes, se vendait, en 1790, 30 livres. On payait au fermier 6 livres par battelée pour le charroi.

Le propriétaire de la Mauniays ayant émigré, ses terres furent confisquées et vendues nationalement. La Mauniays fut partagée en dix-neuf lots adjugés à Baron, à Desvalettes et autres [Note : A. REBILLON et A. GUILLOU, Documents relatifs à la vente des biens nationaux. District de Rennes, 1911, page 188].

Au XIXème siècle, l'ancien manoir de la Mauniays a été acquis par la famille Michel de la Morvonnais et transmis par héritage au comte Alain du Boisdulier. Il appartient aujourd'hui (vers 1971) à sa fille, madame la comtesse du Bot, qui l'a diligemment restauré [Note : Le château moderne de la Monniais a été construit sur la hauteur qui domine les carrières, par un architecte anglais Tom Rith, pour le compte d'un banquier rennais Malraison, vers 1860].

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