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LE CHÂTEAU OU MANOIR DE LA HUBLAIS A CESSON-SÉVIGNÉ |
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La campagne de Rennes est peuplée de logis attrayants où se reconnaît le mode de vie rurale de nos ancêtres, soit habituelle, soit saisonnière. On peut y évoquer la mémoire d'un grand nombre de personnages marquants de notre histoire.
C'est le cas de la Hublaye [Note : Telle est l'orthographe ancienne la plus usitée]. Toutefois, au cours des âges, un grand changement a eu lieu. La Vieille Hublaye fut longtemps la seule Hublaye existante, elle s'élevait en bordure et au nord de la route qui conduisait de Rennes à Cesson, la route actuelle de Rennes vers Paris par Vitré n'ayant pas encore été créée.
Le plus vieux nom qui apparaisse comme possesseur de la Hublaye est celui d'un grand érudit, auteur de patients travaux d'inventaires d'archives qui rendent encore d'inappréciables services à ceux qui cherchent aujourd'hui à débroussailler le passé [Note : P. PARFOURU, Inventaire des archives de la paroisse Saint-Sauveur de Rennes par Gilles de Languedoc, 1720, dans les Mémoires de la Société archéologique, t. XXVIII, 1899, page 205. Pour toute monographie du genre de celle-ci, il faut voir en premier ressort P. BANÉAT, Le Département d'Ille-et-Vilaine. Cesson est traité au t. I (1927), page 277]. Il s'appelait Gilles de Languedoc, nom d'une province éloignée, ce qui ne l'empêchait pas d'être tout à fait rennais [Note : Dès 1575 naît à Rennes un fils de Pierre Languedoc]. Procureur au Parlement, il devint ensuite greffier de la ville et communauté de Rennes. Baptisé le 23 mai 1640 à Saint-Sauveur, église à laquelle il resta tendrement attaché, il fut l'époux d'Hélène Claude, fille de Bertrand Claude des Longrais, maître apothicaire. Gilles et Hélène eurent quatre enfants, deux fils dont l'un fut jésuite et l'autre prêtre séculier. C'est leur fille Jeanne-Thérèse qui, à la mort de son père le 27 mars 1731, devint propriétaire de la Hublaye. Baptisée elle aussi à Saint-Sauveur le 8 août 1667, elle épousa, le 16 février 1697, Pierre Bain, sieur de la Touche [Note : KERVILER, Bio-Bibliographie, t. II. page 52. La famille Bain s'est perpétuée jusqu'à nos jours par la branche Bain de La Coquerie], à qui son beau-père, un mois avant le mariage, avait cédé sa charge de procureur au Parlement. Pierre Bain fit enregistrer ses armoiries au Grand armorial de 1696 : d'azur à une bande d'or chargée de cinq croissants de gueules, accompagnée de deux lévriers rampants d'argent, l'un en chef l'autre en pointe [Note : DU GUERNY, édition de Ch. D'HOZIER, Armorial général de France. Bretagne, 1930, t. II, page 57]. Ce procureur mourut en 1737 et Jeanne de Languedoc en 1743, laissant la terre de la Hublaye à leur fille Anne-Jeanne. Auparavant surgit un incident [Note : Connu par un dossier des archives de l'Intendance, C 1530, il a été mentionné par Jean MEYER dans sa thèse sur la Noblesse de Bretagne au XVIIIème siècle, page 149, et dans la nouvelle Histoire de la Bretagne, page 318] qui causa quelque émoi parmi les élégantes de la ville de Rennes. Elles avaient jugé bon de se montrer dans les rues vêtues de robes d'indienne importées de l'Orient. Or, pour protéger les manufactures du royaume qui en confectionnaient, l'entrée de celles qu'on essayait d'importer de l'étranger était prohibée. Des agents de la Ferme se mirent en devoir de dresser des procès-verbaux aux contrevenantes. Du 15 août 1736 au 21 septembre suivant, ils n'en rédigèrent pas moins de soixante-quatre. Le nombre des coupables était légèrement moins élevé, car il y eut des récidivistes. Dans cette liste figure dès le 15 août « la Dlle de la Touche-Bain, fille du ci-devant procureur au Parlement, demeurant place Sainte-Anne ». Le lendemain, ce fut le tour de sa mère.
Anne-Jeanne était désignée par son nom de jeune fille. Cependant, elle était mariée depuis 1718. Son mari, qui était son cousin, Vincent-Louis ou Vincent-Yves Le Loué, était avocat au Parlement, notaire royal et apostolique. Je le pense fils de François Le Loué, huissier aux requêtes du Palais qui avait fait enregistrer ses armes en 1696 : d'azur à trois grelots de sinople, 2 et 1, et une bordure dentelée du même [Note : DU GUERNY, o.c., t. II, page 58], et frère peut-être d'Yves-Vincent Le Loué, sieur de Bouhart, notaire royal, trésorier de Saint-Sauveur en 1719 [Note : PARFOURU, o.c., page 282]. Un lien autre que la parenté et l'alliance rapprochait Vincent-Louis Le Loué de Mlle Bain, cal il avait été choisi, dès 1726, comme substitut par Gilles de Languedoc et il devint après lui greffier de la communauté de ville. A ce titre, il était logé en l'hôtel de ville. Il nous reste de la gestion de la Hublaye par ce ménage un bail à ferme passé le 11 mars 1745. La bailleresse jouissait alors de cette terre et elle se réserva la maison principale avec son entourage d'arbres fruitiers et de futaie, sa vigne, le jardin clos de murs, l'allée de charmille, la grande allée plantée d'arbres des deux côtés, le bois de châtaigniers et de noyers. Le fermier s'obligeait à payer les fouages et les rentes seigneuriales qui lui seraient comptés en déduction du fermage [Note : Arch. dép. minutes Sohier].
Le ménage Bain-Le Loué eut une fille, Hélène-Perrine Le Loué, mariée en 1751 à Malo-Bonaventure Carron de la Carrière. Elle fut la mère du « saint abbé » Carron, que l'on a appelé l'aumônier des émigrés à cause de sa charité pour ces malheureux réfugiés à Londres, et connu aussi pour ses biographies de personnes édifiantes [Note : KERVILER, o.c., t. VIII, page 46].
Avant que survienne la Révolution, la Hublaye changea de mains. Elle fut transmise, par vente ou succession, à la famille Harembert ou d'Harembert, bien posée, elle aussi, dans la société rennaise. Etienne Harembert, procureur au Parlement, avait comme les Bain et les Le Loué fait enregistrer ses armes en 1696 : d'argent à un chevron de gueules accompagné de trois trèfles de sinople, deux en chef et un en pointe [Note : DU GUERNY, o.c., t. I, page 368].
Son fils, Jean-Baptiste-Pierre Harembert de la Bazinière, conseiller au Présidial, épousa en 1715 Jeanne-Marie Rubin de la Grimaudière. Le mari mourut en 1761, sa femme en 1767 [Note : LA MESSELIÈRE, Filiations bretonnes, t. III, page 27].
Leur fils Pierre-Jean fut mis certainement en possession de la Hublaye, probablement après son mariage en 1761 avec Jeanne du Breil. Leur fille Louise mourut à 22 ans, à la Hublaye, en novembre 1783 [Note : PARIS-JALLOBERT, Anciens registres paroissiaux, Cesson, 1902].
On possède de Pierre-Jean un bail à ferme des métairies de la Hublaye et des Plantes signé le 28 juin 1800. Il réserva la maison « de retenue » dont il avait disposé pour un autre fermier. Le bailleur n'était pas présent à l'acte. Son neveu Paul Ridouël agissait en son nom [Note : Le 15 mai 1791. Félicité-Marguerite Harembert avait épousé Paul-Louis-Edouard Ridouël. De ce mariage naquit au Vau-Geulan. en Acigné, le 21 juillet 1806, Théodore Ridouël, futur général dont la vie a été écrite en 1883. Le Général de brigade Ridouël, 1806-1882, Rennes, Oberthur. A la déclaration de sa naissance, sont témoins : Jean-Baptiste-Pierre Harembert, âgé de 37 ans, demeurant à Nantes, rentier, son oncle maternel, et Alexis-Paul Hardoüin, âgé de 55 ans, grand-oncle paternel, demeurant au Val, commune de Noyal-sur-Vilaine, dont il était maire]. Depuis cette époque, les actes d'état civil concernant la famille Harembert se passent à Nantes. Il n'est donc pas étonnant que ces gens se soient dessaisis sans peine de la propriété de la Hublaye.
Il nous faut délaisser momentanément la vieille Hublaye pour relater l'origine de la Hublaye moderne qui lui a emprunté son nom mais qui, toute voisine qu'elle en est, ne l'a pas remplacée [Note : Cependant, les attaches entre la vieille Hublaye et la nouvelle sont étroites. Car par un acte notarié du 19 mai 1808 Marie-Anne-Joseph Harembert et Pierre-Charles Dominé, son époux. demeurant alors à Redon. vendirent, moyennant le prix de 24 000 livres tournois, la retenue et la métairie de la Hublaye à François Aubry].
La nouvelle Hublaye s'éleva en plein champ du côté opposé de l'ancienne route de Rennes à Cesson, sur le territoire d'une ferme voisine dite la Touche-Ablin. Le bâtisseur de cette Hublaye a été François Aubry.
François Aubry était « commissionnaire de roulage », autrement dit entrepreneur de transport. Depuis 1809, il était l'associé de Le Prieur qui dirigeait cette affaire dès avant la Révolution. Le Prieur ne manquait pas de goût, car il avait acheté en 1795 de ses propriétaires, les Le Prestre de Châteaugiron, le château d'Espinay. François Aubry n'était pas insensible non plus au plaisir de l'art, car il aménagea avec grâce sa maison de campagne, tant à l'intérieur par les boiseries qui couvrent les murs et par la jolie cage de l'escalier, qu'à l'extérieur par les massifs d'arbres qu'il planta et qui ont pris un développement magnifique. Il lui donna un noble accès par l'avenue rectiligne bordée de châtaigniers qui rattacha la propriété à la route actuelle de Rennes à Paris.
Le domaine fut créé sur des terrains de la ferme dite la Touche-Ablin acquise en 1813 des héritiers du cardinal de Boisgelin de Cucé, décédé l'année précédente archevêque de Tours. Dernier représentant de sa branche des Boisgelin, il avait conservé ou recouvré après l'émigration une partie de ses biens patrimoniaux. On sait, par ailleurs, le rôle qu'il joua lorsque fut discutée la Constitution civile du clergé et son application. Des biens mis en adjudication en 1813, François Aubry acheta la Touche-Ablin, les moulins de Cesson et une ferme attenante dite la Grenouillais, sur la rive droite de la Vilaine.
C'est seulement après 1820, et sans doute peu après, que la nouvelle Hublaye s'éleva. Elle ne figure pas sur le plan cadastral de Cesson achevé en cette année-là.
D'après la famille Marion, qui en a été propriétaire, cet édifice serait l'œuvre du même architecte que l'hôtel de Nantois, 9, rue Martenot, et l'hôtel Lodin de Lépinay, place Saint-Melaine, c'est-à-dire Richelot à qui la ville de Rennes doit ses plus jolies constructions de la Restauration.
François Aubry était né à Vitré le 7 novembre 1777 ; son père était qualifié « noble homme », ce qui indique non la noblesse, mais un rang distingué dans la bourgeoisie. Sa mère était Françoise Le Loroux. Il épousa une Rennaise, Louise-Félicité Lesguilliez [Note : Le mariage à la mairie de Rennes fut célébré le 31 janvier 1803 (11 pluviôse XI). Louise était née à Rennes (Saint-Sauveur) le 8 janvier 1785], dont le père, négociant, était lui aussi qualifié de noble homme.
François Aubry vécut jusqu'au 26 février 1853 et sa femme jusqu'au 20 mai 1854. L'année suivante, leurs sept enfants partagèrent leur succession. La nouvelle Hublaye fut le lot de leur second fils Edouard. La vieille Hublaye échut à sa fille Léocadie, célibataire. Trois des filles de François Aubry s'étaient mariées dans de bonnes familles du pays : Félicité épousa Hippolyte Le Loroux et ses deux filles eurent pour maris, l'une Jacques Michel de la Morvonnais, cousin germain du poète [Note : E. FLEURY, Hippolyte de la Morvonnais, Paris, 1911], l'autre Olivier Gardin du Boisdulier. Emilie-Amice Aubry épousa François Ramet, et Aline Aubry François Rambos. Les propriétés de François Aubry étaient assez étendues pour que la part de chacun fût convenable, mais aucun de ses fils ne laissa de postérité.
En janvier 1883, la Hublaye fut vendue par Edouard Aubry. Elle devint le bien d'une famille qui a tenu une grande place dans les annales de Rennes. Le nouvel acquéreur, François-Charles Oberthur, fils d'un lithographe de Strasbourg, était venu en 1840 à Rennes où florissaient de nombreuses imprimeries, notamment celles des Vatar, pour s'initier à l'art typographique [Note : Fr.-Ch. Oberthur dit lui-même dans un discours imprimé, page 11 du Souvenir des journées du 2 et du 7 février 1875, lorsqu'il reçut la croix de la Légion d'honneur : Je vois « les vétérans qui travaillaient déjà dans l'atelier de nos anciens et chers patrons MM. Landais et Marteville, quand. il y a 35 ans, simple artiste lithographe, je vins m'établir dans cette ville de Rennes ». ... J'évoque « le souvenir de mon vénéré père qui eut la gloire de collaborer avec Senefelder à l'invention de la lithographie », Fr.-Ch. Oberthur était né à Strasbourg le 1er décembre 1818. Il était fils de François-Jacques Oberthur et de Salomé Kieffer. Le 12 juin 1872, il opta pour la France. Il demeurait alors 20, faubourg de Paris].
En 1842, il avait reçu du comte Duchâtel, « ministre secrétaire d'Etat au département de l'Intérieur » du roi Louis-Philippe, le brevet d'imprimeur lithographe. La même année, il s'associait à Landais, place du Palais, et se mariait avec une Rennaise, Marie Hamelin.
La prospérité de l'affaire alla en croissant et Oberthur, devenu seul maître de l'imprimerie, la transporta en 1870 dans des terrains campagnards de la rue de Paris ; il fit bâtir, en bordure de rue, un élégant hôtel dans le style de la Renaissance dont l'architecte fut le Parisien Polish (1875).
Après le décès de François-Charles en 1893, la Hublaye fut dévolue à son fils Charles Oberthur qui en 1897, à la mort de Léocadie Aubry, avait acheté la vieille Hublaye [Note : La vieille Hublaye qui ensuite a appartenu à la famille Galassier est, depuis 1949, la propriété du docteur Le Bayon]. En 1925, Louis Oberthur hérita la Hublaye de Charles son père, et la vendit dès l'année suivante à un hôtelier, Muller, qui construisit en contiguïté, à l'est, une salle de bal, aménagée depuis en chapelle.
Revendue en 1933 à la famille Jacquart, la Hublaye a été cédée en 1955 à la Communauté de la Retraite. C'est alors que la maison a été surhaussée d'un étage qui a remplacé le fronton et les deux lucarnes qui l'accostaient. De grandes constructions se sont élevées en arrière dans le jardin, mais le parc, avec les beaux arbres qui encadrent la pelouse, forme encore un paysage séduisant. La vieille Hublaye, de son côté, en arrière, immergée dans la verdure et dans les fleurs, a retrouvé une jeunesse inaltérée [Note : Outre la consultation des registres paroissiaux et des actes de l'état civil, j'ai retiré le plus grand fruit des communications des propriétaires anciens ou actuels, la Supérieure générale de la Retraite. Mme Cartier-Bresson née Oberthur, Mme Arnauld née Oberthur, le docteur Le Bayon. Quant à l'orthographe, on peut choisir entre Hublaye, Hublaie et Hublais]. Le domaine a été acheté en 1989 par le diocèse de Rennes.
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