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EN BRETAGNE : DE LA CLOCHETTE A LA CLOCHE

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De la clochette à la cloche...

On pourrait évoquer les impressions bien diverses que produit en nous le son des cloches ou simplement leur souvenir. Rien de varié comme leurs messages : carillon de Pâques ou glas des défunts, discret Angélus dans le silence du soir, tocsin ou célébration de la victoire... C'est l'image de notre vie, si mobile et si profonde à la fois...

Nous suivons une longue tradition. Les premières clochettes remontent à la préhistoire. On en a découvert dans l'Empire Romain, en Egypte et jusqu'en Chine ; de toutes formes et de toutes qualités (parfois en or !), employées à mille usages, religieux ou superstitieux leur tintement chassant les esprits malfaisants, elles protégeaient en particulier de certaines maladies le bétail qui les portait au cou ; fêtes, funérailles, étaient accompagnées du son des grelots. La Loi de Moïse prescrit que la bordure inférieure du manteau du Grand-Prêtre sera garnie de « grenades » (pompons d'étoffe) alternant avec des clochettes « afin qu'on l'entende lorsqu'il pénètre dans le Sanctuaire devant Yahvé ou qu'il en sort : ainsi il ne mourra pas » (Exode, 28). Mais pour convoquer le peuple aux grandes fêtes, on se servait d'instruments au son plus éclatant, et spécialement de la trompette (Nombres, 10).

Cathédrale de Saint-Pol-de-Léon (Bretagne).

Cloche de Saint-Pol-de-Léon

Les premiers chrétiens, aux siècles des persécutions, devaient rester discrets. Ce n'est qu'à partir de 313, où Constantin leur accorda la liberté, qu'ils purent habituellement annoncer en public leurs fêtes et leurs réunions. Divers procédés de convocation furent employés pensons à notre « claquoir » en bois, à notre crécelle de la Semaine Sainte, à la simandre des Grecs (barre de métal que l'on frappe avec un marteau). Qu'est-ce que le signum dont parlent les écrivains anciens ? (Vers 515, saint Césaire d'Arles, dans sa Règle aux Vierges, dit que celle qui, signo tacto, tardera de se rendre à l'OEuvre de Dieu ou au travail mérite des reproches. La Règle de S. Benoît de même prescrit de s'empresser dès que le signum se fait entendre). Le terme est bien vague et demande des précisions. Mais celles-ci apparaissent à peu près dès cette époque.

On voit en effet, d'abord la clochette à main répandue surtout dans les milieux celtiques. La plupart des moines, apôtres, évêques venus de Grande-Bretagne ou s'inspirant de ses traditions religieuses sont représentés une clochette à la main. Non seulement le récit de leurs vies les mentionne, mais il nous reste encore un certain nombre d'entre elles. La plus ancienne est sans doute la Cloche du Testament, Clog-on-Udagta, de saint Patrick qui, recueillie à son tombeau par saint Colomban, passa à l'église d'Armagh, et finalement au Musée de Dublin. Du même saint il est dit qu'à son départ en mission au-delà du Shannon, il emporta avec lui 50 patènes, 50 calices et 50 cloccos (cf. D. Gougaud : Les chrétientés Celtiques, p. 326).

Locronan - Bretagne

Cloche de saint Renan

C'est par dizaines que les collections d'outre-Manche possèdent de ces clochettes. En France on connaît, à Noyon, celle de sainte Godeberte, abbesse du VIIème siècle ; mais surtout, tout près de nous, celle de la cathédrale de Saint-Pol qui, trouvée dans le vivier du comte Withur à l'île de Batz, aurait été remise aussitôt par lui au saint évêque, et depuis tiendrait de celui-ci le pouvoir de guérir des maux de tête et de la surdité ; celle de saint Goulven à Goulien, près de Pont-Croix, d'origine non moins miraculeuse, selon la légende ; celle de Locronan, que l'on porte encore à la Grande Troménie, là où saint Renan l'agitait pour écarter les loups et protéger les troupeaux ; celle, enfin, dite Bonnet de Saint Mériadec, à Stival, en Morbihan.

Ces cloches, tantôt façonnées en fer, formées de deux plaques de métal battu et fixées par des rivets de fer, rondes ou carrées, tantôt, plus tardivement, coulées en bronze, présentent toutes les gammes de valeur artistique, donnant un son assez rauque ou au contraire très musical. L'Irlande en possède de richement décorées. Mais toutes sont précieuses : elles servaient à convoquer aux prédications et aux prières, représentaient des insignes des chefs de la chrétienté, et en ont reçu une vertu miraculeuse. Mille ans plus tard, Michel le Nobletz en fera le même usage, jusqu'au jour de remettre sa clochette au Bienheureux P. Maunoir en signe d'investiture ; et dans les mêmes années, saint François-de-Sales en confiera une au jeune « diacre » qui devra parcourir chaque dimanche les rues d'Annecy, en appelant les gens à « la Doctrine Chrétienne, pour y apprendre le chemin du Paradis ».

Saint Guénolé est représenté lui aussi une cloche à la main. Malheureusement les reliques. emportées à Montreuil lors de l'invasion normande ont été livrées aux flammes par la Révolution française ; mais jusque-là on vénérait comme venant de lui, entre autres objets, une clochette, que note dans un inventaire l'abbé de Saint-Sauve (1495), ainsi qu'une lettre de 1665 venant du curé de la paroisse ; il est regrettable qu'aucun détail ne soit donné sinon celui de sa couleur : « de fer tournant au noir ». Mais son authenticité n'a rien d'invraisemblable.

Sauf exceptions (Canino en Toscane, Sainte-Cécile de Cologne), beaucoup plus rares et tardives sont les cloches fixes encore existantes, celles qu'on suspendait et agitait au moyen d'une corde ; il fallait que la technique se perfectionnât pour qu'on pût leur donner des dimensions de plus en plus considérables. Les textes nous mentionnent pourtant celle, par exemple, de l'église de Saint Loup à Sens ; qu'on entendait à sept mille de distance et dont la douceur charmait le roi Clotaire II (613-628). Saint Grégoire de Tours surtout (vers 570) en montre un peu partout, dans les paroisses aussi bien que dans les monastères..

En Bretagne, c'est l'honneur du diocèse et de la cathédrale de Quimper de détenir la plus ancienne : il s'agit de celle qu'on voit sur la plateforme entre les deux tours, derrière la statue du roi Gradlon. D'abord à l'église de N.-D. du Guéodet, elle sert maintenant de timbre à l'horloge. Trois vers latins nous font connaître son nom : Marie ; sa date de naissance : le printemps de 1312, et l'évêque qui la bénit et la « frappa » : Alain (Morel, év. de Cornouaille, 1300-1320). Du même siècle, de 1365, est celle de Pencran appelée elle aussi Marie, fondue par deux frères flamands de Courtrai. Puis viennent les cloches : de Fougères, 1387 ; de Mouais, 1400 (diocèse de Nantes) ; de Saint-Dolay, 1413 (diocèse de Vannes) ; de Guingamp, 1434.

De 1563 est datée la belle cloche qui sonne encore à la cathédrale de Saint-Pol : sans doute est-ce une cloche plus ancienne refondue, puisque l'inscription indique deux noms portés successivement : Hamon et Jacques. Le fondeur s'appelait Artus Guimarch ; quant à son rôle, il est fièrement défini : Dissipant les neiges et les foudres, brisant les éclairs, je suis la voix du Seigneur Sabbaoth et la trompette dont le son éclatant appelle le monde entier à célébrer le Nom du Très-Haut.

L'écriture était en gothique, comme encore celle de la cloche de forme très allongée (1 m. 17 de diamètre) de Commana, Maria-Saint-Derian, de 1580. Mais celle-ci, qu'on signalait fendue il y a un plus d'un siècle, a peut-être été refaite depuis.

Car ces vieilles cloches ont parfois une histoire mouvementée, pour ne pas dire tragique. De quand datait, par exemple, « la célèbre cloche Guillaouic, qui voisinait avec sa rivale Perce-Ouie, dans la tour de l'église de N.-D. du Mur à Morlaix ? On la disait formée d'un alliage de matière d'argent et de pièces de six liards. Ses tintements mélodieux s'entendaient de plusieurs lieues à la ronde, et les matelots morlaisiens les reconnaissaient avec bonheur, quand ils louvoyaient pour entrer en rade par brise de suroit ». Endommagée par un boulet lors du siège de la ville par les ligueurs en 1594, refondue quatre ans plus tard, elle se brise à nouveau tandis qu'on la mettait en branle, le 7 octobre 1621, non sans dégats pour le toit de l'église. Remise à neuf, elle devait encore causer de l'émoi lors de la Révolution : quand on sut en effet qu'elle allait être transportée à Brest pour être fondue à l'Arsenal, la population se montra si houleuse que le capitaine du navire qui devait l'emporter dut faire serment de la renvoyer dès son arrivée. Hélas !... on reçut bien une cloche, mais ce n'était pas Guillaouic. (D'après L. Le Guennec).

Il en disparut par milliers alors, réquisitionnées pour fournir du bronze à l'artillerie ou à la monnaie de la Première République. Ce qui ne fut pas toujours au gré des paroissiens : à tel point que devant l'émeute, il fallut employer la force armée, à Henvic, au Relecq, ailleurs. Parfois, sur le nombre on consentit à en laisser une, ou plus difficile à déplacer, ou destinée à sonner les réunions des citoyens. Si prudents même furent les gens de Saint Côme, en Saint-Nic, qu'ils enfouirent en secret leurs cloches et... qu'on n'a pas encore pu les retrouver ! En 1802, il en restait 262 à Brest, qui à la faveur du Concordat, purent être récupérées par les paroisses et les héritiers.

Parmi les victimes, on peut rappeler les deux magnifiques cloches de Saint-Thomas de Landerneau bénites en 1737 par le recteur Jacques Mottays, dont l'une portait l'inscription suivante :

J'appelle le peuple au Saint Lieu.
Et le clergé pour louer Dieu.

J'honore l'Eglise et ses fêtes
Et mets en fuite les tempêtes.

Je sers différents accords
Pour les vivants et pour les morts.
Ad Majorem Dei Gloriam !

et leur compagnes d'infortune, de Saint Houardon, « Marie-Louise » et « Ursule » pesant respectivement 3900 et 2625 livres et bénites seulement depuis le 25 Août 1783.

Les cloches portent au ciel nos prières. Nos vanités humaines aussi ! Comment le nier devant cette énumération pompeuse des titres de gloire sur la plus ancienne cloche de Briec (en latin) :

L'an du Seigneur 1691 - Sous le règne de Louis XIV le Grand - L'Illustrissime Seigneur François de Coëtlogon gouvernant le Diocèse de Quimper - Jean Huelvan, Bachelier de la Sacrée Faculté de Paris - Théologien de la Sorbonne - et Recteur de la Paroisse de Briziec. T. Le Soueff, Fondeur. IHS.

Mêlées à notre vie religieuse, elles n'ignorent pas pour autant les nécessités de la vie civile. La Campane du beffroi morlaisien de N.-D. du Mur « servait de timbre à l'horloge, sonnait le tocsin, les assemblées du corps de ville, la distribution des lettres à la poste, l'agonie des fidèles ». A Quimper, le rôle très précis d'une des cloches de la cathédrale, la Cloc'h an Commun, était « d'appeler le peuple aux armes contre l'ennemi ; le convoquer pour entendre la lecture des ordres du prince, éteindre un incendie, traîner un navire de haut bord à la mer » (délibération capitulaire de 1536). On a gardé souvenir des tocsins d'alarme « contre un ennemi préparant ou effectuant de ces descentes si désastreuses pour tous, gentilshommes et paysans ! Leur clameur a retenti de grève en grève, de vallon en vallon, lors des surprises de Morlaix en 1522, du Conquet en 1558, des menaces espagnoles de 1596 et 1637, du débarquement anglo-hollandais de Camaret de 1694 ». Elles donnent le signal aux Bonnets Bleus de Pont-l'Abbé, aux Bonnets Rouges du Poher, en 1675, et, complices de la rébellion, sont châtiées avec elle. On décapite quelques campaniles, on descend quelques cloches, mais dès l'année suivante elles sont remises en place.

Il y aurait beaucoup à cueillir encore dans la riche histoire de nos cloches. Rythmant notre vie quotidienne par l'Angélus indiquant les heures de travail et celles de repos, elles nous sont indispensables : la Révolution ne dut-elle pas en maintenir les sonneries tout en les « laïcisant » ?... il est au contraire aisé de comprendre qu'on les « baptise ». La cloche, « pour nos pères est un être vivant, un prédicateur qui proclame dans les cœurs les vérités divines ; elle a une langue, une voix, elle se réjouit, elle pleure... Elle est si bien un être vivant, qu'elle est ointe, sacrée, baptisée, qu'elle porte un nom... » (Rohault de Fleury : La Messe). Ceci ne doit pas être pris à la lettre sans doute, ce serait de la superstition. Mais l'usage dure depuis mille ans, à l'époque où le Pape Jean XIII bénit le « Joannes » pour le campanile de Saint-Jean-de-Latran, en 968.

La cérémonie qui les constitue porteuses de grâce comporte des Psaumes, des Oraisons, et des actions symboliques. Psaumes de supplication et de pénitence ; si longtemps au service de Satan, toute matière a besoin d'être purifiée. Psaumes de louanges : n'est-ce pas à cela que sont destinés tous les objets du culte ? Oraisons : pour qu'elles portent aux hommes l'invitation à adorer tentations Dieu, à venir s'associer au Sacrifice, qu'elles mettent en fuite les calamités et surtout les tentations de l'ennemi de notre Foi, que leur douceur attire la protection des Anges. Gestes : elles sont lavées avec une eau bénite, reçoivent une consécration par douze onctions en forme de croix avec les Huiles Saintes ; elles sont enfin remplies d'un parfum d'encens qui est comme l'envahissement de la Majesté de Dieu. Un diacre chante alors l'Evangile qui nous montre Marie « assise aux pieds du Seigneur, l'écoutant, ... cherchant la seule chose nécessaire ». Ainsi seront-elles un appel incessant à la foi, à l'espérance, à l'amour.

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