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LES CHAIRES DE PRÉDICATION EXTÉRIEURES EN BRETAGNE.

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Une curieuse monographie à composer serait celle des instruments de prédication et des vicisitudes qu'a subies le théâtre de l'éloquence sacrée en dehors ou en dedans des édifices réservés au culte. M. Viollet Le Duc l'a ébauchée dans son Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIème au XVIème siècle, mais cette ébauche indique seulement les traits principaux du sujet. Telle quelle, elle est cependant précieuse et plante de sérieux jalons pour guider les recherches. Nous savons par elle en particulier, que les chaires à prêcher extérieures attenantes aux églises sont assez rares en France. En dehors de la chaire du cloître de la cathédrale de Saint-Dié, l'éminent architecte ne cite même parmi-celles qui sont parvenues à sa connaissance que le petit édicule de l'un des angles de l'église de Saint-Lô, muni d'un riche abat-voix en pyramides et dessiné jadis par MM. Taylor et Nodier, dans leur France pittoresque. Or, j'en connais en Bretagne au moins quatre attenant à des églises et sept entourant des calvaires isolés. Cela seul suffit pour justifier l'intérêt qui s'attache à leur description et à la recherche des motifs de leur origine.

Chaire extérieure (Bretagne).

Salomon, disent les Paralipomènes, fit construire une tribune d'airain, la plaça au temple et s'y tenant debout et étendant la main, il parlait au peuple de Dieu.... Voilà sans doute la première chaire dont il soit fait mention dans l'histoire.

Les saintes Ecritures nous apprennent que plus tard Esdras fit aussi bâtir un degré de bois pour y parler : et lorsqu'il y montait il était élevé au-dessus de tout le peuple.

Dans les églises chrétiennes primitives, il n'y avait pas de chaires à prêcher comme dans les églises actuelles, mais seulement des ambons ou pupitres en pierre affectant quelquefois la forme de petites tribunes et placés des deux côtés du choeur pour lire l'épître et l'évangile ; on s'en servait pour adresser à l'occasion la parole aux fidèles. Plusieurs basiliques de Rome remontant à la plus haute antiquité, les conservent encore : les Milanais font admirer aux étrangers ceux de Saint-Ambroise : et les deux magnifiques ambons de Saint-Marc de Venise, tout chargés de marbres précieux, de jaspes et de porphyres entre les bronzes de Donatello et les mosaïques à fonds doré, me reviennent à la mémoire comme les plus riches monuments de ce genre que me rappellent mes notes de voyage.

Cette disposition se trouve souvent reproduite dans les jubés, sorte de barrières ou de clôtures très ornées placées entre la nef et le choeur et qu'on ne signale guère avant le XIVème siècle. Tout le monde connaît le Jubé de Saint-Etienne du Mont à Paris : le plus riche de France est celui de Sainte-Cécile d'Alby, et peut se comparer avec ceux des cathédrales de Burgos et de Tolède ; on les rencontre à chaque pas en Angleterre, soit en pierre, soit en bois : et dans notre Bretagne on en conserve précieusement plusieurs qui sont très remarquables ; les plus célèbres sont ceux du Folgoat dans le Finistère, et du Faouët dans le Morbihan.

Chaire extérieure (Bretagne).

Mais les chaires à prêcher proprement dites sont d'époque relativement récente. Les plus anciennes que l'on signale sont celles d'Italie au XIIIème et au XIVème siècle, magnifiques monuments en marbre ou en bronze, que les artistes les plus en renom se sont plus à décorer de toutes les richesses d'une imagination féconde. Les chaires de la cathédrale de Sienne, des baptistères de Pise et de Pistoie, avec leurs colonnes posées sur des lions et leurs bas-reliefs profondément fouillés, nous en offrent des modèles inimitables. Dans les églises des régions du Nord on ne trouve pas de chaires à demeure avant le XVème siècle, et ce n'est guère qu'au XVIème siècle qu'elles établissent définitivement leur institution [Note : Les petits Bollandistes nous apprennent que Carpentras conserva avec vénération, jusqu'en 1793 la chaire dans laquelle S. Vincent Ferrier prêcha le 14 décembre 1399, et qu'on voyait naguère à Clermont celle où il monta en 1407. Mais ils ne nous disent pas si c'était des chaires en bois ou en pierre ; permanentes ou mobiles. En revanche ils ajoutent qu'à Rodez, la tradition veut que le saint ait prêché vers la même époque dans un grand pré du prieuré de saint Félix qui n'en est pas éloignée (Petits Bollandistes par Mgr Guérin, Bar-le-duc, 1872, IV. 235)]. C'est le moment de la lutte énergique contre l'hérésie luthérienne ou calviniste. Jusque là les prédications avaient eu lieu surtout en plein air ; à cette époque, pense M. Viollet Le Duc, il devint à craindre qu'on ne trouvât des contradicteurs dans la foule ; les orateurs sacrés se retirèrent dans les églises, et les chaires splendides de Strabourg, de Besançon, de Fribourg et de Bâle marquèrent les premiers pas dans une voie que fut bientôt suivie d'une manière générale.

Chaire extérieure (Bretagne).

En Bretagne, où la foi resta plus vive et où la prédication extérieure, entrée depuis longtemps dans les moeurs, se pratique encore aujourd'hui, on sentit de bonne heure la nécessité de la chaire fixe et monumentale : mais au lieu de la placer au dedans du temple, on la construisit sur ses faces extérieures ou dans les cimetières, et la tradition veut même que celle de Vitré ait été élevée pour opposer un prêche public à celui des Calvinistes. Pendant qu'ailleurs on semblait se cacher, en Bretagne on affrontait le grand jour.

Saint Bernard, du haut d'une estrade élevée sur la colline de Vézelay, avait jadis entraîné par son éloquence l'armée des croisés commandée par Louis le Jeune. Toute l'Europe retentit de son Dieu le veult et se leva à son appel. La prédication en plein air, dont on retrouve antérieurement des traces, reçut ce jour là sa consécration pour ainsi dire officielle, et se généralisa sur tous les points de la France. La fondation de l'ordre des Frères Prêcheurs lui donna peu après des développements extraordinaires : et nous en avons, pour ce que concerne la Bretagne, un exemple frappant dans les actes de saint Vincent Ferrier. On sait que cet apôtre infatigable, dont la ville de Vannes garde religieusement les reliques, renouvela dans notre province, de 1417 à 1419, les miracles de la prédication de Notre Seigneur en Judée. Monté sur un âne et suivi de milliers de fidèles qui s'attachaient à ses pas, avides d'écouter ses vigoureuses exhortations, il allait de ville en ville, et de bourgade en bourgade, prêchant devant les humbles et devant les puissants, nourrissant toute cette foule du pain du corps en même temps que du pain de l'âme [Note : Il a souvent multiplié si prodigieusement un peu de vin et de pain, disent les petits Bollandistes, qu'il s'en est trouvé suffisamment pour nourrir tantôt deux mille, tantôt quatre mille ou six mille personnes. Cela nous montre que N. S. n'opère pas de moindres miracles par ses serviteurs que ceux qu'il a faits par lui-même (Loc. cit. p. 299)], et se faisant goûter, grâce à son don des langues, par les raffinés de la cour ducale aussi bien que par les simples artisans ou laboureurs. M. l'abbé Chauffier, ancien élève de l'École des Chartres et prosecrétaire de l'Evêché de Vannes, a bien voulu m'autoriser à détacher d'une vie qu'il prépare du saint patron de sa ville natale, quelques documents inédits que montreront avec quel empressement on dressait pour lui des estrades et des chaires volantes dans les places importantes où il s'arrêtait. Ces documents sont empruntés aux dépositions officielles des témoins entendus dans l'enquête ecclésiastiques instituée pour la canonisation de l'apôtre [Note : La bulle de cononisation est du pape Calixte III, le 19 juin 1455, mais elle ne fut publiée que par Pie II le 7 octobre 1458]. Yves Gladic, archipretre de l'église de Vannes, dépose entre autres, ainsi qu'il suit :

« Et in crastina, videlicet Dominica immediate sequente, dictus magister Vincentius, paulo ante solis ortum accessit ad quamdam plateam ante castrum de Lermine [Note : Le château de l'Hermine était le château des ducs de Bretagne à Vannes. La tour Clisson aujourd'hui existante et renfermant le musée archéologique en faisait partie. La place dont il s'agit est la place des Lices], in villa Venetensi, ubi erat de mandato quodam Domini Johannis ducis Britanniae [Note : Le duc Jean V], et praefati Domini Amaurici Episcopi [Note : Amaury de la Motte évêque de Vannes de 1409 à 1432 et transféré à cette époque au siège de Saint-Malo], et aliorum de civitate praedicta, sibi praeparatum quoddam habitaculum altum plurimis pannis diversorum colorum ornatum ; et inibi celebravit missam cum cantu ; qua celebrata, praedicavit verbum Dei et sumpsit pro theumate « collegite quoe superaverunt fragmenta » ; et ibi illae praedicationi praesentes erant idem Dominus et ejus conjux Domina Ducissa Britanniae, ac populi multitudo copiosa, et sic celebrando et praedicando, stetit per tres horas vel quasi ; ».

Ce texte latin n'a guère besoin de traduction ; nous en retenons tout spécialement l'estrade ornée de tentures de diverses couleurs. D'autres témoins, de Lantillac, de Lamballe, de Redon, de Questembert, affirment avoir entendu le saint prêcher dans ces localités, et toujours in quodam habitaculo alto dressé ad hoc sur l'une des places publiques. Les témoins de Nantes méritent une mention particulière : « Symon Maydo, civis Venetensis, in, dicta civitate Nannetensi, et in magna platea ante ecclesiam cathedralem dictae civitatis, vidit ipsum plures missas celebrare et consequenter praedicare in quodam habitaculo alto sibi ad hoc praeparato » [Note : On conserve à Vannes une série d'anciennes tapisseries qui datent de 1610 et qui représentent la vie de St-Vincent. Elles appartiennent au chapitre. Dans l'une est représentée une prédication extérieure avec chaire volante. Mais tous les costumes sont du temps de Henri IV et le dessin de la chaire ne présente par conséquent aucune authenticité].

Ce qu'il faut remarquer ici, c'est que la chaire volante ou l'estrade n'est pas élevée sur une place publique ordinaire, mais bien sur le parvis de la cathédrale. L'Eglise n'eut-elle donc pas été suffisante pour contenir la foule des auditeurs ?... Il nous semble pourtant que la place du parvis était à peine aussi étendue que la nef cathédrale. Ceci tend bien à prouver qu'on, n'avait donc pas l'habitude des grandes prédications dans les Eglises.

Dans la même ville de Nantes nous rencontrons le saint une seconde fois :

« Eudo David parrochiae sancti Nicolaï civitatis Nannetensis, quod die Mercuri prima die Kadragesimae illius anni adit et audivit dictum magistrum Vincentium in cimeterio dictœ Ecclesiœ et quodam habitaculo alto sibi ad hoc decenter prœparato, missam celebrare cum cantu et continuo post praedicare, et dicit quod in dictis missa et prœdicatione fuerunt dicti Episcopus, canonici, capellani, et cives dictae civitatis in multitudine copiosa ».

Cette fois la prédication a lieu dans le cimetière, ce qui me rappelle outre les chapelles ossuaires, ou abris pour dire les messes des morts, qu'on remarque dans tant de cimetières de Bretagne, le petit monument composé d'un mur d'appui avec un comble en pavillon élevé sur quatre colonnes, que l'on voyait encore à la fin du siècle dernier dans l'enceinte du charnier des innocents à Paris, et que Lenoir a reproduit, dans sa statistique monumentale sous le nom de Prêchoir. M. Mollet le Duc a donné dans son Dictionnaire d'architecture les dessins d’une charmante chapelle ouverte ou prêchoir de ce genre qui date du XVème siècle et qu'on admire encore à Avioth dans le département de la Meuse.

Je ne doute pas que ce ne soit le succès extraordinaire des prédications publiques de saint Vincent Ferrier en Bretagne, qui ait donné l'idée de la construction des chaires extérieures qui font partie intégrale des calvaires des cimetières de Runan, de Pleubian et de Plougrescant (Côtes-d'Armor), de Plougasnou, de Trévignon en Saint-Jean-Trolimon, de Kerinec en Poullan et des trois fontaines entre Briec et Pleyben (Finistère) ; et de celles que l'on remarque aux murailles des églises de Guérande (Loire-Inférieure), de Vitré (Ille-et-vilaine), de Guimiliau (Finistère), et du Guerno (Morbihan). Je ne connais pour le moment que ces onze chaires dans notre province, toutes les onze postérieures à l'apostolat du grand saint : et je serais très reconnaissant envers les archéologues qui voudront bien m'en signaler d'autres.

Saint Vincent avait laissé des disciples et des successeurs. Dans les siècles qui suivirent, les noms de Michel le Nobletz, des pères Maunoir et de Montfort sont devenus trop populaires pour qu'il soit ici nécessaire d'insister sur la persistance de la coutume des prédications en plein air dans notre région.

Les grands calvaires à personnages, élevés à la suite de ces missions, en sont restés des témoignages magnifiques ; et de nos jours quelques-uns de ces calvaires, celui du Pont-Château par exemple, servent souvent eux-mêmes d'estrades toutes dressées pour les semeurs de la parole divine à l'époque des grands pèlerinages. La Scala Sancta de Sainte-Anne d'Auray peut aussi se ranger sous la même rubrique : et tous les ans, à l'époque des fêtes de la patronne de la Bretagne, des prédications en français et en breton se font entendre du haut de la balustrade de la tribune centrale, aux milliers de pèlerins assemblés aux portes de la basilique.

Les trois chaires des calvaires de Runan, de Pleubian et de Plougrescant dans les Côtes-d'Armor, celle de Plougasnou, dans le Finistère, toute voisine des premières au territoire de l'ancien évêché de Tréguier, et celles de Kerinec, des trois Fontaines et de Trévignon dans l'ancien évêché de Quimper près du littoral sud de la Bretagne, sont de petits édifices fort originaux que je crois uniques en leur genre.

Celle de Runan a surtout pour nous un intérêt spécial, car la petite commune de ce nom [Note : Elle fait partie du canton de Pontrieux, arrondissement de Guingamp], qui n'était avant la révolution qu'une simple trêve de Plouec appartenant à la commanderie du Paraclet de l'ordre de Malte, possède une chapelle de saint Vincent célèbre par son pardon qui a lieu huit jours après Pâques. Cette chapelle n'a pu être élevée qu'en commémoration du passage apostolique du saint moine. De plus, l'église paroissiale qui portait jadis le nom de Notre-Dame de Plouec contient une pierre sépulcrale sur laquelle sont sculptées les statues du duc Jean V et de sa femme, Jeanne de France, fille du roi Charles VI, que nous avons vus assister à Vannes aux prédications de saint Vincent. Jean V avait une grande dévotion à Notre-Dame de Plouec ; il fonda en 1414 une foire dont les droits devaient être consacrés en entier à l'entretien et à l'embellissement de la chapelle Notre-Dame : ses successeurs, Jean VI, en 1421, et Pierre II, en 1450, fondèrent deux autres foires dans le même but, et c'est ce qui explique comment, à la fin du XVème siècle, on reconstruisit l'église avec un grand luxe en lui ajoutant le calvaire et la chaire en mémoire de l'apôtre vénéré par le bon duc. Le corps de celui-ci reposa même une nuit dans la chapelle pendant sa translation à Tréguier, et l'on connaît assez la légende du charriot brisé pour que nous n'ayons pas à la répéter ici : le souvenir en fut conservé par la pierre sépulcrale dont nous avons parlé. L'église de Runan est très remarquable : ses pignons sont parsemés d'armoiries de toutes sortes, à supports variés, parmi lesquelles se détachent les armes de Bretagne avec le collier de l'hermine ; on signale surtout une belle verrière, récemment restaurée ; un retable d'autel en pierre, divisé en plusieurs compartiments sculptés et représentant des scènes de la vie de la Vierge [Note : On trouve un bon dessin de M. Hauke représentant l'un de ces compartiments dans les Côtes-du-Nord (aujourd'hui Côtes-d'Armor) de M. Benjamin Jollivet, t. III] ; les tombeaux des familles de Lestrézec et de Boisboissel, et plusieurs piliers prismatiques décorés de feuillages, très délicatement travaillés (Gaultier du Mottay, Petite Géographie des Côtes-du-Nord). Le porche meridional abrite les statues des douze apôtres. Mais le plus intéressant monument dû à la munificence des trois ducs est la chaire à prêcher du cimetière, enceinte hexagonale en maçonnerie, formant balustrade, et portant en son milieu un superbe calvaire à trois croix de granit, dont la base est à six pans comme le balustre. Celui-ci était autrefois, chargé d'armoiries et de sculptures qui ont été martelées.

Chaire extérieure (Bretagne).

La chaire de Pleubian, paroisse toute voisine (Canton de Lézardrieux, arrondissement de Lannion), mais riveraine de la Manche, a beaucoup de rapport avec celle de Runan.

C'est une tribune circulaire en granit, de 2m, 30 de hauteur, élevée de plusieurs marches, et du centre de laquelle émerge une croix aussi en granit. Les faces extérieures de la tribune sont sculptées et représentent des scènes de la Passion. Aux jours de grandes solennités religieuses, les recteurs de Pleubian y prêchent encore l'Evangile aux fidèles assemblés.

Elle est à peu près identique, sauf les sculptures scéniques de sa frise, aux chaires Finistériennes de Plougasnou (Canton de Lanmeur, au-dessous de Lannion, arrondissement de Morlaix), des Trois-Fontaines [Note : Commune de Saint-Gouézec, près du Pont-l'Aulne, sur la route de Quimper à Morlaix, canton de Châteauneuf-du-Faou, arrondissement de Châteaulin] et de Kérinec (Commune de Poullan, canton de Douarnenez, arrondissement de Quimper), toutes les trois circulaires comme elle. La chaire de Kérinec porte de plus un curieux pupitre en granit sculpté en relief sur l'accoudoir de la tribune.

Chaire extérieure (Bretagne).

La chaire-calvaire de Plougrescant [Note : Canton de Tréguier, en face de Pleubihan, sur la côte du Nord. — Il est à remarquer que les quatre chaires-calvaires de Runan, de Pleubihan (Pleubian), de Plougasnou et de Plougrescant dépendent de l'ancien évêché de Tréguier, et qu'au XIIIème siècle avant saint Vincent Ferrier, saint Yves avait évangélisé ce pays par de fréquentes prédications en plein air], situé au milieu du cimetière de la chapelle de Saint- Gonéry, est octogonale, sans bas-reliefs, et remarquable par quatre colonnettes à bénitiers qui l'entourent : deux d'entre eux flanquent l'ouverture qui forme porte sans linteau.

Enfin, celle de Trévignon (Commune de Saint-Jean-Trolimon, canton de Pont-l'Abbé, arrondissement de Quimper), près la pointe, de Penmarc'h, est une tribune carrée très rustique, qui porte un petit escalier sur le côté d'une de ses faces.

Comme on le voit, le cercle et les trois premiers polygones réguliers inscrits, de tracé facile, le carré, l'hexagone et l'octogone, ont été tour-à-tour employés pour la construction de ces petits édifices. Nous n'y trouvons pas le plus simple : le triangle équilatéral ; à son défaut, je dois signaler un très curieux calvaire sans chaire, avec base en triangle équilatéral, qui se trouve sur le chemin qui mène de Paimpol au passage de l'île de Bréhat et qui complète cette série polygonale.

Mais j'ai hâte d'arriver aux chaires proprement dites, attenantes aux murs mêmes des églises. Comme la chaire de Saint-Lô, les quatre édicules que j'ai cités plus haut se composent d'un balcon saillant posé soit en encorbellement direct, soit sur un socle plus ou moins large, accompagné par une niche prise aux dépens du mur, à laquelle on accède de l'intérieur de l'église par un escalier pratiqué dans l'épaisseur de la construction. Le tout est recouvert par un auvent également en pierre, dit abat-voix, et destiné à garantir le prédicateur contre les ardeurs du soleil en même temps qu'à rabattre sa voix sur l'assistance. Mais si la donnée générale est la même, l'exécution a été bien différente dans les quatre cas que nous avons à examiner.

A Guérande la chaire est pratiquée dans l'épaisseur du pilier droit de la porte principale, par conséquent en pleine façade de l'église paroissiale (ancienne collégiale de Saint-Aubin), et tout à côté de la tourelle d'escalier qui mène au clocher, de sorte que l'accès à la chaire a lieu par un petit embranchement sur cet escalier dont la porte se trouve à l'intérieur de l'église, au bas de la nef latérale de droite. Le socle du balcon se profile, sans aucun encorbellement, en suivant jusqu'au sol les faces octogonales du balcon lui-même, décorées chacune de deux trilobes à leur partie supérieure au-dessous de l'accoudoir. L'abat-voix se compose d'une seule pierre formant dais, sans clocheton pyramidal, découpée suivant les plans des faces polygonales du balcon en arcatures trilobées à simples frontons. L'ensemble offre un caractère général de solidité en harmonie avec les forts piliers du porche de la collégiale. La chaire pouvait y défier les vents et les tempêtes : elle n'est cependant plus intacte aujourd'hui, et si sa base reste seule debout, c'est qu'en 1876 la façade du porche, presque toute entière, s'est écroulée sous la charge d'un clocher trop pesant qu'on avait élevé quelques années auparavant sur son sommet, sans consolider le porche à la suite des premières fissures.

Cette chaire porte, dans le pays, le nom de chaire de saint Vincent Ferrier, et la tradition voudrait que l'apôtre de la Bretagne y soit monté pour annoncer la parole divine. Mais je pense qu'il doit y avoir ici quelque méprise. Le portail de la collégiale date du commencement du XVIème siècle ou, au plus tard, des dernières années du XVème. Or, saint Vincent était mort à Vannes, le 5 avril 1419, en présence de la duchesse Jeanne de France et de toutes les dames de la cour ducale. Il y a donc tout lieu de croire que saint Vincent ayant prêché, selon son habitude, en plein air devant l'église de Guérande [Note : Les dépositions des témoins pour la canonisation de saint Vincent parlent uniquement d'une seule prédication in partibus Guerandiœ], on introduisit cette chaire dans la nouvelle construction en mémoire de son apostolat. Il est dès lors naturel qu'elle ait pu conserver son nom, mais il me semble imprudent d'affirmer qu'elle ait été contemporaine. J. Morlent, dans son Précis sur Guérande, Le Croisic et leurs environs, publié en 1819, s'exprime ainsi au sujet de la collégiale de Saint-Aubin de Guérande :

« Avant la Révolution, on voyait des mîtres, des crosses sculptées sur les murailles de ce temple et des évêques peints sur les vitraux ; une chaire épiscopale en pierre, décorée d'ornements gothiques et pratiquée dans l'épaisseur d'un mur du frontispice excite encore aujourd'hui l'attention des curieux qui ne peuvent en deviner la destination » [Note : Edmond Richer, dans son Voyage de Nantes à Guérande, publié en 1823, cite aussi la chaire épiscopale chargée d'ornements gothiques].

Les curieux de nos jours ont la prétention, fort justifiée du reste, d'être un peu plus perspicaces que ceux de 1819. L'auteur eût au moins dû nous dire quelles étaient ses raisons pour appeler la chaire de Guérande une chaire épiscopale. Nous ne sachions pas que les évêques de Nantes, en tournée pastorale, eussent alors l'habitude de haranguer leurs ouailles sur la place publique, et Guérande n'avait eu l'honneur d'un siège épiscopal que pendant un temps très court, au IXème siècle, à l'époque des discussions entre les évêques de Nantes et de Vannes : ce siège était même passablement schismatique. La destination si problématique de cette chaire est au contraire toute naturelle en y voyant simplement une chaire de missions.

La chaire extérieure de Notre-Dame de Vitré est, de toutes celles de Bretagne et peut-être aussi de toutes celles qui sont connues, la plus élégante. M. de Caumont, le père de notre archéologie bretonne, en a donné une bonne description dans son Abécédaire.

Elle est établie dans des contreforts de la façade latérale de l'Eglise et se compose d'une tribune octogone portée sur un pédicule, comme un font baptismal, ce qui contribue à lui donner beaucoup de légèreté et d'élégance ; chaque face des panneaux rectangulaires de cette tribune est décorée, entre des pilastres d'angle à clochetons, de deux arcatures trilobées à frontons, supportées par un encorbellement à leur point de rencontre. L'abat-voix ressemble au toit d'un clocheton garni de crochets et portant au bas de chacune de ses faces un fronton triangulaire festonné à sa base.

L'ensemble est bien dégagé, les proportions sont harmonieuses et le style très pur forme un contraste saisissant avec celui du monument qui va suivre.

L'église du Guerno dépendait de la commanderie du Temple de Carentoir et fut reconstruite vers l'année 1570, en pleine renaissance. Sa façade méridionale, tout entière en grand appareil, a été jadis reproduite par Cayot Delandre dans son livre sur le Morbihan, et présente plusieurs particularités remarquables. Elle n'était originairement percée que de quatre petits oculi elliptiques dont deux ont été remplacés, il y a une cinquantaine d'années, par des fenêtres ordinaires à plein cintre. La chaire extérieure se trouve située sur le nu du mur à peu près au milieu de cette façade et se détache en forte saillie, la base formant nid d'hirondelle. L'abat-voix est un dais conique du style de la renaissance dans ces contrées [Note : Je n'entrerai pas dans de longs détails sur la description de la chaire de l'église de Guimiliau qui est presque identique à celle-ci]. Auprès de cette chaire est un petit bénitier engagé dans le mur, au pied duquel court un banc de pierre divisé en stalles à son extrémité Est. — Pourquoi cette chaire dans ce petit village perdu au milieu des landes du pays de Muzillac ? C'est que la chapelle du Guerno possédait un morceau de la Vraie Croix et une bulle d'indulgences. Des religieux de Vannes et de Rennes y venaient prêcher le carême, et le vendredi saint la foule était si grande que l'église n'eût jamais pu la contenir, aussi prêchait-on la Passion dans la chaire du cimetière. M. Cavot Delandre a cité une curieuse quittance datée de 1677 et ainsi conçue :

« Je soubsigné confesse avoir reçu de M. Julien David, fabricq de l'église tréviale du Guerno, la somme de trois livres comme prédicateur de la station de Muzillac, auquel on a coustume de donner pareille somme toutes les fois qu'on prêche le sermon de la Passion au vendredi saint dans la chaire du cimetière de la dite église du Guerno. Audit Guerno, ce 24e d'apvril 1677 : F. Elie de Sainte-Croix, carme du Bourdon-lez-Vannes ».

Chaire extérieure (Bretagne).

Cette chaire de pèlerinage dont la porte est aujourd'hui murée à l'intérieur de l'Église me ramène à la Scala-Sancta de Sainte-Anne d'Auray construite au XVIIème siècle, la seule qui soit encore en usage régulier dans notre région. C'est un immense monument isolé, formant à lui seul autrefois le fond de la grande cour du pèlerinage et composé d'une tribune reposant sur un arc triomphal en voûte surbaissée, flanquée latéralement de deux rampes d'escaliers couverts. La tribune est ouverte sur la cour : elle est munie d'un autel dans le fond et surmontée d'un vaste dôme en charpente revêtue d'ardoises à profil contourné. C'est sans doute la plus vaste chaire qui ait jamais été élevée sur une place publique. Lors de la reconstruction de la basilique, il y a quelques années, il a fallu la démolir à cause de l'allongement de l'église, mais on en a précieusement conservé tous les matériaux et on l'a réédifiée sur le même plan dans le champ de la statue miraculeuse [Note : On a malheureusement un peu dénaturé son caractère primitif, en particulier pour le dôme de la tribune].

Elle y restera désormais comme un monument impérissable de la piété des bretons et de la persistance au milieu d'eux de l'ancienne coutume des prédications extérieures. On peut lui adjoindre au même titre la petite chapelle ouverte élevée sur le haut de la colline de Rumengol pour les jours de pardon, et l'autel qu'on remarque sur le haut de l'arc de triomphe du cimetière de Saint-Jean-du-Doigt [Note : Le regretté M. Le Men m'avait signalé comme chaire extérieure un petit édicule fort original que l'on remarque au transept sud de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon, par dessus la galerie ou balustrade qui surmonte la grande rosace. C'est une niche ou dais en ogive construite au milieu de la galerie, et supportée par deux colonnettes dont les bases viennent s'appuyer sur le balustre. Il est matériellement possible de se placer sous ce dais élégant pour porter la parole vers la place ; mais il ne paraît guère probable qu'un prédicateur ait jamais essayé d'y monter pour entraîner la foule, car sa voix n'eût pu se faire entendre d'une pareille hauteur à une distance suffisante. Elle eût porté dans le vide. C'est plutôt une sorte de loggia d'où l'évêque donnait sans doute, les jours de grande fête, sa bénédiction solennelle].

Chaire extérieure, Scala Sancta (Bretagne).

Je ne terminerai pas cette étude sur les chaires sans signaler un fait tout moderne qui accentue mieux encore que la reconstruction de la Scala Sancta de Sainte-Anne d'Auray, la persistance de la tradition en Bretagne des manifestations extérieures du culte. M. l'abbé Abgrall, professeur de dessin au petit séminaire de Pont-Croix, qui est aussi un architecte plein de goût, a construit en 1879, à Plonéis, entre Quimper et Douarnenez, une petite chapelle en l'honneur de Sainte-Anne. Cette chapelle est précédée d'un porche couvert par une terrasse : et cette terrasse, entourée d'une élégante balustrade, supporte un autel en pierre. On peut y dire la messe, et on y prêche du haut de la balustrade, devant des foules de cinq à six mille personnes. Les jours de grand concours, la terrasse est couverte d'un velum et pavoisée.

C'est ainsi que le domaine archéologique se continue, dans les pays de foi, jusqu'aux périodes directement contemporaines.

(René Kerviler).

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